XTC, c'est le diminutif d'ecstasy : l'extase
Quand on croise ce terme en musique, il désigne souvent certains acides liés à l'histoire de la techno. Mais XTC, c'est aussi le nom d'un grand groupe, difficilement classable dans quelque catégorie que ce soit
Andy Partridge et, dans une moindre mesure, Colin Moulding, sont en effet des compositeurs aussi variés qu'essentiels.
Venu d'une petite ville paisible, Swindon, le groupe apparaît en 1976, alors que la New Wave bat son plein. Il est alors composé de Partridge (guitare), Moulding (basse), Barry Andrews (claviers) et Terry Chambers (batterie). Tout se beau monde se produit d'abord sous les noms de Star Park ou Helium Kidz avant de choisir définitivement cette appellation extatique. Un premier EP (« 3D », 1977), puis un album « White Music » (1978) les font connaître du public. Déjà, malgré und ambiance volontairement désordonnée et agressive, on peut pressentir la prédilection des deux chanteurs et compositeurs pour les mélodies-gigognes et les paroles décalées. En témoigne ce « Statue Of Liberty », de Partridge, véritable déclaration d'amour à la sculpture de Bartholdi.
Paru la même année, « Go 2 » poursuit dans la même voie, mais sans apporter grand chose de plus. La mésentente s'installe au sein de l'orchestre, et Barry Andrews claque la porte. Plutôt que de prendre un nouveau claviériste, XTC choisit d'embaucher un deuxième guitariste, Dave Gregory. Ce dernier, solide arrangeur, va permettre au groupe de discipliner sa musique et d'abandonner cet amateurisme militant propre à tant de formations punk. Ainsi, « Drums & Wires » (1979), les fait définitivement entrer dans la cour des grands. Il leur offre leurs premiers tubes, « Life Begins At The Hop » et surtout « Making Plans For Nigel », deux morceaux 100% new wave de Moulding. Et il permet à Partridge de laisser libre cours à son imagination musicale délirante. De « Roads Girdle The Globe » à « Scissor Man », les choses sont claires : le chanteur à lunettes est bien décidé à ne rien faire comme tout le monde. Harmonies inhabituelles, rythmiques épileptiques, refrains tordus, absents ou brusquement universels, XTC chamboule la grammaire pop.
Impressionné, le monde musical adopte XTC, qui se révèle de plus un jouissif phénomène scénique.
Peter Gabriel fait notamment appel à Dave Gregory, sur son superbe troisième album. En état de grâce, le groupe échappe donc à la bataille qui règne entre les punks et leurs aînés. « Black Sea », sorti en 1980, est un nouveau succès. Très marqué par les années 60, il rappelle parfois
The Jam, sur des morceaux énergiques comme « Respectable Street » (Partridge) ou « Generals And Majors » (Moulding). Mais il contient aussi son lot de coups tordus, tels le chaotique « Travels In Nihilon » qui conclut l'album.
Avec « English Settlement » (1982), un nouveau pas est franchi. Défiant radicalement le goût du jour, qui préconise les synthétiseurs et les rythmiques de clubs, ce double-album s'impose comme un équivalent eighties de ce qu'on appelait autrefois le rock progressif. Les chansons dépassent aisément les cinq minutes et les influences musicales vont du reggae (« Runaways ») au folklore britannique (« Yacht Dance »). Le succès commercial est au rendez-vous et le 45 tours « Senses Working Overtime » se classe dans le Top Ten.
Pourtant, un nouvel épisode vient miner le moral des troupes. Oppressé par la vie de tournée, Andy Partridge subit une crise de panique en plein concert puis, un mois après, se déclenche un ulcère à l'estomac. XTC décide d'arrêter la scène et Terry Chambers, de quitter XTC
Le trio Gregory/Moulding/Partridge ouvre alors un nouveau chapitre avec « Mummer » en 1983. Plus calme (et plus sombre) que les albums précédents, il manifeste une véritable ébullition créatrice mais ne convainc pas le public. Les singles « Love On A Farmboy's Wages » (une élégante ballade à la
Paul McCartney) et « Great Fire » n'atteignent pas les 50 meilleures ventes. « The Big Express » (1984) connaît la même mésaventure, malgré des joyaux comme « All You Pretty Girls », une fabuleuse marche pop aux arrangements luxuriants.
Au bout du rouleau, les musiciens ont sérieusement besoin de faire un break. Par chance, ils trouvent en 1985 une idée géniale pour se requinquer : fonder un nouveau groupe, rien que pour s'amuser. C'est ainsi que naissent les Dukes Of The Stratosfear, désopilante parodie de rock psychédélique, dont le nom, les costumes et la musique évoquent méticuleusement les années 60. Un premier EP, « 25 O'Clock », paraît et le gag fonctionne à merveille puisque personne ne reconnaît leur signature ! Seul Virgin n'apprécie pas la plaisanterie
Requinqué, XTC publie en 1986, « Skylarking », un de ses plus beaux albums. Produit par Todd Rungren, il est d'une cohérence à toute épreuve, véritable odyssée musicale en apesanteur. Partridge comme Moulding y sont au sommet de leur inspirante, synthétisant leurs différentes influences dans une pop savante et flamboyante, selon une formule enfin accessible à tous. Très loin des années 80, ils s'y montrent (excusez du peu !) aussi doués que les
Beatles ou
Brian Wilson. La critique adule le disque et un tube surprise (une face B de 45 tours, même pas sur l'album) conquiert le marché américain : « Dear God », comptine athée qui sera reprise par
Tricky.
Mais les Dukes Of The Stratosfear, n'ont pas dit leur dernier mot. Avec « Psonic Psunspot » (1987), le groupe le plus anachronique de la pop revient faire des siennes. Concept-album volontairement fumeux, il contient malgré tout des plages magnifiques comme « Pale And Precious », un morceau qui aurait pu figurer sur le mythique « Smile » des Beach Boys. Il faut une intervention orageuse de la maison de disques pour que Partridge, Moulding et Gregory arrêtent leur double carrière et se recentrent sur leur première formation.
Néanmoins, l'intermède psychédélique aura laissé des traces. L'album « Oranges And Lemons », sorti en 1989 est bien plus délirant que « Skylarking ». Difficile d'accès, il voit les musiciens flirter avec le jazz-rock (et d'autres registres indéfinissables) dans des morceaux plus complexes que jamais. Nouveau succès critique, le disque installe définitivement la formation dans la position discrète et essentielle qu'elle occupe aujourd'hui : à l'écart du grand public, mais indispensable à tout fan de rock qui se respecte. « Nonsuch » (1991), malgré son succès discret, est une nouvelle réussite artistique dans ce registre, un bijou de pop en trompe l'il, différent à chaque écoute.
Malheureusement, à la suite de troubles dans la vie privée de Partridge et d'une mésentente croissante entre les différents membres, XTC s'enfonce dans une longue éclipse artistique. C'est donc avec une heureuse surprise qu'on a vu le groupe réapparaître, sans Dave Gregory et sans Virgin, mais avec un fabuleux diptyque : « Apple Venus Pt.1 » (1999) et « Wasp Star (Apple Venus Pt.2) (2000). L'un est acoustique et baroque, l'autre est plus rock. Tous deux dévoilent lentement leurs charmes, mais s'incrustent à jamais dans l'esprit, grâce à des monuments comme « Easter Theatre », « Green Man » ou « The Wheel And The Maypole », toujours aussi évidents, toujours aussi uniques
On attend toujours la suite de leurs aventures. Andy Partridge nous a fait courageusement patienter avec la série des « Fuzzy Warbles », six disques uniquement composés d'inédits : des démos, des versions alternatives et énormément de chansons qui, par malheur, n'avait jamais trouvé le chemin des bacs jusque-là.