Winston Jarrett fait partie de ces inaltérables yardies dont la carrière s'étend sur des décennies, des années 60 à nos jours. Rasta consciencieux, Winston Jarrett trouve son inspiration et son énergie dans l'observance des valeurs qui fondent le rastafarisme : humilité, écologie, respect de soi-même et des autres, croyance en Jah, pan-africanisme, tolérance. Fidèlement soutenu par son backing-band, "The Righteous Flames", Winston Jarrett a produit une oeuvre impressionnante quoique discrète. Les amateurs de reggae ne s'y trompent pas, plaçant au firmament de leurs préférences l'album mythique "Wiseman" ainsi que des purs titres roots comme "True Born African" ou "Come Down Zacchius". Winston Jarrett a collaboré avec les plus grands artistes jamaïcains, livrant notamment une série de Dub de très haute volée avec les Wailers à la fin des seventies (avec le concours de King Tubby).
Winston "Flames" Jarrett est né en 1940 à Saint-Ann (comme Bob Marley !). A vingt ans, il décide de rejoindre son frère aîné à Kingston, dans le ghetto de Trench Town (où Bob est venu s'établir également !). La mère de Winston vient de décéder et il est livré à lui-même. Il rejoint la communauté rasta de Kingston et débute une carrière musicale aux côté d'Alton Ellis, en 1965. Le talent d'auteur et d'interprète de Winston Jarrett apparaît au grand jour grâce au soutien d'Alton Ellis. Ensemble, les deux hommes enchaînent les succès alors que l'île danse au son du Rocksteady ("Cry Tough", "Girl I've got a date", "Better Get Ready", "The Preacher", "Sunday Coming").
Lorsque Alton Ellis s'installe en Europe, en 1969, Winston Jarrett reforme un groupe avec ses amis musiciens, Eggar Gordon et Junior Green. Ensemble ils constituaient "The Flames" au service d'Alton Ellis. Ils seront désormais "The Righteous Flames" aux côtés de Winston, bien décidé à s'émanciper et à s'imposer sur la scène reggae, alors émergente. A l'aise dans tous les styles, Winston Jarrett illustre à lui tout seul l'évolution de la musique jamaïcaine. Ayant connu le succès avec des titres rocksteady, il se distingue à nouveau avec un pur tube ska ("Easy come, easy go") avant d'imposer son wailing style au sein du mouvement roots. Il enregistre une centaine de morceaux au cours des années 70 et connaît de multiples embrouilles avec d'indélicats producteurs (oups, désolé pour le pléonasme !). Heureusement, les bons moments sont également nombreux, sur le plan personnel et artistique. Winston Jarrett en registrera notamment pour le compte de deux labels majeurs, Ras Records et Heartbeat, au cours des années 90 (mention spéciale pour le très réussi "Kingston Vibrations", dans lequel Winston Jarrett est accompagné par les Roots Radics).
Triste ironie : Celui qu'on surnomme "Flames" a vu brûler sa maison et les souvenirs d'une vie partir en fumée. A la suite de ce terrible incendie, Winston Jarrett s'est établi à Seattle avec sa femme. Fort d'une énergie et d'une volonté impressionnantes, il poursuit aujourd'hui son travail et se produit régulièrement sur scène. Big Up pour ce remarquable artiste old school !