Il fut un temps où U-Roy était abonné à la salle de concert de La Mutualité à Paris. En exagérant à peine on pouvait le voir tous les trimestres et quand ce n’était pas lui c’était les
Mighty Diamonds ou
The Gladiators. On aurait dit que ces chanteurs et groupes avaient pris cet endroit comme leur temple et leur église. Alors, quand on n’allait pas à U-Roy on allait aux autres ou on échangeait sa place pour le concert d’après. Remarquez, il arrivait aussi qu’on ait le droit à tous ces musiciens pour la même affiche, le même soir, vu qu’ils étaient un peu dans le même "posse". C’était au milieu des années 80 et c’était le bon temps. Mais le bon temps existe toujours puisqu’ils sont toujours vivants. Certes, La Mutualité fait plus dans les colloques et les congrès politiques mais il n’en est pas moins que ces vieux roots men se produisent toujours à l’instar de ce farceur de U-Roy, reconnaissable d’entre mille avec sa voix haut perchée et ses reprises inégalées où il s’amuse comme un petit fou à s’arrêter au milieu de la chanson pour reprendre le début du titre en scratchant le disque à l’envers. U-Roy c’est un peu comme un petit oiseau farceur qui pousse des petits cris de temps à autre tout en perpétuant les grands classiques, de
Bob Marley à
Gregory Isaacs en passant par les Gladiators et
Peter Tosh via une grande utilisation de leurs titres samplés. Et quand il ne perpétue pas il chante directement avec eux, en duo comme avec Isaacs pour "Night Nurse" ou " Love Is Overdue" (moments inoubliables). Plus qu’un oiseau farceur, il y a quelque chose d’amical chez ce "vieux de la vieille" qui nous invite à un reggae printanier et sautillant qui commence souvent par un "peace & love" ou " I & I tell you". Surtout, c’est un chanteur jamaïcain qui a toujours fait preuve d’une grande constance : de 1961 à nos jours, U-Roy chante toujours pareil, s’étant toujours gardé de sombrer dans un reggae disco ragga fade et formaté (cf. Black Uhuru, Steel Pulse, Toots, etc). On ne sait jamais de quand date le titre quand on écoute U-Roy et il est aussi à l’aise dans le roots que dans le rocksteady ou le dub, ou du moins les réverb du dub étant entendu que cette forme musicale se passe de paroles. Pour ce qui est de son CV, U-Roy (de son vrai nom Ewart Beckford) commence ses vocalises avec King Tuby et son sound system "Home Town Hi-Fi" tout en se forgeant une réputation de grand Dj. Il passe par la case "Studio One" de Sir Coxsone, puis par Trojan où il enregistre un premier disque en 1970 "Version Galore" (où l’on retrouve l’un de ses premiers titres "Wake The Town"). Il se met ensuite à travailler avec les plus grands producteurs tels que
Lee Scratch Perry, Keith Hudson, Bunny Lee ou encore Lloyd Charmers. De 1973 à 1975, il quitte la Jamaïque pour rejoindre sa mère installée en Angleterre (le père Big Youth en profitera pour check le micro en faisant des blagues). U-Roy revient sur ses terres, puis enregistre l’excellent "Dread Ina Babylon" en 75 qui sera réédité chez Virgin en 90 avec une pochette moins, euh… « irie dread » dirons-nous. C’est à cette même époque qu’il monte son propre sound system « King Stur Gav ». Ensuite, c’est pratiquement album sur album, année après année, sa notoriété ne cessant de grandir, surtout en France où son accueil a été chaleureux dès les années 80 (cf. La Mutualité). "J'ai pris le parti de respecter chaque nation, dit-il, chaque individu. Tout le monde ne peut pas avoir la même couleur, il y a des blancs, des noirs, des chinois...nous sommes tous des êtres humains, et avant tout, nous devons survivre. Le monde n'a pas été fait pour moi seul, ni pour vous seul, il est pour nous tous. Tous les blancs ne sont pas responsables de ce qui est arrivé au peuple black, je ne peux pas me lever et dire que tous les blancs sont mauvais, ni les musulmans, les Iraniens, les Afghans...je ne les connais pas. Ce n'est pas à moi de juger, je reste à ma place et je respecte tout le monde". A l’heure actuelle, il doit être sur un transat, le visage tourné vers l’océan, un sourire aux lèvres et les dread locks en pagaille. Respect I.
tu es le roi du reggae