Il y a des albums qu'on peut écouter et réécouter en boucle, des albums qui font partie de notre existence, des titres de chansons qui nous marquent pour toujours, des paroles d'artiste qu'on fait siennes. Qui n'a pas ressenti un petit quelque chose en tombant par inadvertance sur « Hôtel California » au détour d'une station de radio ? Qui n'a pas augmenté le son en entendant "Sympathy For The Devil" ? Et "Natural Mystic" ? Que dire encore de l'album éponyme des Clash ? Et Nirvana ? Et "My Way" de Sinatra ? On a envie de dire que c'est précisément le fait de la musique et d'une manière générale de l'Art. Marquer une vie, accompagner l'existence. Les coups de déprime s'en trouvent allégés et les moments de bonheur...intensifiés.
Pourtant, on est en droit de se demander si tous les musiciens de tout l'univers ont cette faculté et s'il y a pas une différence dans la musique qui fait qu'elle est à part dans l'Art. Mieux qu'une différence, une fonction : accompagner. Image-t-on se promener avec La Joconde ou avec un tableau de Goya ? Est-il possible d'amener chaque matin à son bureau La Vénus de Milo ? Non, la musique est décidément à part et maintenant que le règne du MP3 a converti nos générations nomades, elle nous accompagne toujours, pour toujours. Une vie "dans" la musique.
Le titre des Specials "A Message To You Rudy" fait partie de ces chansons qui marquent. Qu'importe que l'original soit en réalité de Dandy Livingstone : cette chanson nous accompagnera longtemps et on peut toujours la réécouter sans qu'on s'en lasse. D'ailleurs, c'est tout l'album (d'où est tirée cette superbe chanson et qu'on retrouve entre autre sur la BO de "Good Morning Vietnam" avec Robin Williams) c'est tout l'album qu'on peut coller à la super U sur la platine ! Cet album s'appelle "Specials" et il est effectivement
spécial. Peut-être parce qu'il est produit par Elvis Costello, allez savoir. Mélange parfait de ska, de reggae et de punk, cet album sort en 79 a fait l'effet d'une douche bien fraîche sur le bitume brûlant des rues londoniennes au lendemain des émeutes.
The Specials se forment en 1977 à Coventry, à l'ouest de l'Angleterre sous l'égide de Jerry Dammers, Lynval Golding, Horace Gentleman, le rockabilly Roddy "Radiation" Byers, John Bradbury, Neville Staples et le chanteur Terry Hall (on retrouvera ce dernier quelques années plus tard sur le projet Gorillaz). Ils font d'abord quelques bufs sous le nom de « The Coventry Automatics » puis troquent leur nom de scène pour « The Special AKA ». Un soir, Joe Strummer des Clash assistent à un de leurs concerts et leur propose de faire sa première partie. Cette opportunité sera un véritable tremplin pour les Special AKA qui décident de monter leur propre label, 2Tone Records. C'est sur ce label qu'ils enregistrent leur premier album "Specials" tout en changeant encore une fois de nom de scène. The Specials éclaboussent alors l'Angleterre de Tchatcher avec force et virulence tout en se servant d'un certain dandysme 60's, histoire de dire qu'on est pas obligé de s'habiller salement pour dire sa haine de la société. L'année d'après, The Specials sortent « More Specials » mais le succès n'est pas au rendez-vous. Mais en 1981, le hit « Ghost Town » éclate les charts de Grande-Bretagne ! Avec le temps, le groupe se délite un peu et s'impliquent de plus en plus dans les campagnes européennes pour la libération de Nelson Mandela (le titre génial « Free Nelson Mandela » a été écris par Jerry Dammers). En fait, The Specials c'est une année : 1979. Un disque : « Specials ». Une chanson « A Message To You Rudy ». A 104 ans, on sera toujours là, à la réécouter.