Taï Phong est un groupe de rock progressif dans lequel débuta Jean-Jaques Goldman (comme chanteur et guitariste) dans les années 70. Fondé en 1972 par les frères Khanh et Taï Ho Tong, le groupe est dôté d'un nom qui signifie "Grand vent" en vietnamien (Taï Phong, donc). Le père des deux fondateurs, ex ministre de l'intérieur du président Diem, s'est réfugié en Angleterre puis en France au moment de la guerre du Vietnam. Khanh et Thaï ont déjà une solide expérience musicale pour avoir participé à divers groupes. Jean-Jacques Goldman, pour sa part, pratique la musique depuis l'âge de 5 ans (du violon à la guitare en passant par le piano et le chant). Ces jeunes virtuoses ont tout pour s'entendre et produire une oeuvre de très grande qualité à un moment où la scène rock française se cherche encore.
Le groupe, signé par WEA après moult rebondissements, sort son premier album en 1975 (Taï Phong). L'enregistrement lui-même est une véritable épopée. Jean-Jacques Goldman, qui effectue alors son service militaire, se rend au studio lors de ses permissions. Les autres membres du groupe, tous salariés par ailleurs (un employé de banque, un ingénieur du son, un prof de musique, un musicien pro), travaillent d'arrache-pied. Cultivés, brillants, tous dotés de fortes personnalités, perfectionnistes et soucieux de leur indépendance artistique, les membres de Thaï Phong accouchent d'un chef d'oeuvre comparable aux meilleurs albums de Pink Floyd, David Bowie ou Yes (ouais, carrément !). Tout le monde est sur le cul : comment ces cinq mecs inconnus ont-ils pu sortir ce monument de rock progressif ? Taï Phong est un album concept parfait, d'une incroyable unité formelle et sonore. Pour conquérir le coeur du grand public, "Sister Jane" sort en 45 tours. Succès immédiat en radio pour ce tube devenu intemporel. Le chant de Jean-Jacques Goldman est déjà d'une étonnante maturité. Le morceau s'ouvre sur un murmure, dans les graves, pour s'achever dans des cris aigüs, Goldman cassant sa voix et montant très haut, jusqu'à l'hystérie. Un style était né.
Malgré les anormes atouts dont il dispose, le groupe se montre par la suite incapable de pérenniser son succès. Entièrement dévoués à la musique, les membres de Taï Phong n'ont pas de stratégie marketing et cela se voit : pas de lead singer (Jean-Jacques chante en alternance avec Taï), un look improbable et une quasi absence de promo. Le groupe ne passe quasiment jamais à la télévision, par exemple, alors que ce média fait et défait les modes.
Le coup de grâce est porté par ... Jean-Jacques Goldman, qui refuse de suivre le groupe pour sa première tournée (1977). Jean-Jacques ne s'était jamais montré intéressé par les concerts. Il est vrai que son trac le minait, provoquant d'affreuses migraines au moment de monter sur scène. Taï Phong était-il condamné à devenir un pur groupe de studio, comme les Beatles (pour d'autres raisons ...) ? Pas sûr. Les autres membres du groupe décident de tenter le coup et recrute en urgence un remplaçant : Michael Jones. Ce dernier liera d'ailleurs sa carrière à celle de Jean-Jacques. Malheureusement, le destin s'acharne sur Taï Phong, qui finit par se déliter face à tant d'adversité (nouveaux départs, marée noire de l'Amoco Cadiz obligeant le groupe à annuler une tournée sur la côté Atlantique, etc.).
Trente ans après, le groupe existe toujours, après maintes galères, traversées du désert et autres changements de membres. Khanh est plus que jamais le leader d'un groupe que Jean-Jacques Goldman et Michael Jones viennent accompagner parfois, le temps d'un concert.