De
Bob Marley à
Burning Spear, de Freddie McGregor à
The Gladiators en passant par
Toots And The Maytals on peut dire que pratiquement tous les chanteurs de reggae sont passés par les studios d'enregistrement de Sir Coxsone, les bien nommés Studio One, sorte de "Motown de la Jamaïque" (ils déménageront à New York durant l'année 1980). A l'époque c'était le passage obligé pour tous les reggaemen, une sorte d'évidence, un baptême qu'on se devait d'honorer dans le monde des vinyles et des 45T. Nourri de rythm'n'blues et de musique américaine, Sir Coxsone (de son vrai nom Clement Seymour Dodd), ouvre les portes de son paradis en 1962 ou 1963 (les dates divergent selon les sources) au 13 Brentford Road à Kingston, manière à lui de ponctuer ce qu'il avait entrepris quelques années auparavant via son sound system tout en rivalisant enfin avec le gros concurrent Trojan.
Très vite, le studio de Coxsone devient populaire et ses galettes d'acétate qu'il grave se vendent comme des petits pains, arrachés par tous les toaster et Dj de l'époque. A peine quelque temps après l'ouverture de son studio et avant qu'il ne soit équipé d'un 5 pistes, il produit une merveilleuse compilation de ska dans laquelle on retrouve entre autre Jackie Mittoo, The Wailers et The Skatalites (l'album sera réédité en 2004 chez Soul Jazz). Mais comme pour Trojan, c'est surtout à travers des compilations que l'ancien joueur de cricket se fera connaître, ce qui s'explique en partie par le fait qu'il ne gravait pas un album mais une chanson, un peu comme un producteur qui s'évertuerait à faire des 45T exclusivement destiné aux sound system des rues et aux grands bals populaires. Mais c'est aussi une philosophie qui se dégage à travers cette manière de procéder : celle précisément de donner sa chance à tout le monde en faisant "tourner le micro" (Bob Marley squattera même les studios pour y dormir). En 1964, Studio One réalise un autre disque de ska "Ska Authentic Presenting The Skatalites" mais, comme pour
Lee Scratch Perry ou Trojan, commencer par entamer la production de Coxsone est un véritable piège! Simplement et pour aller vite, disons que sans lui, beaucoup de chanteurs comme Marley ou Spear (pour ne citer qu'eux) n'auraient pas pu voir le jour ! Au lendemain de la mort de Clement Seymour Dodd survenue le 5 mai 2004, voilà ce qu'en disait le ministre jamaïcain du tourisme Aloun N'dombet Assamba :
« Sir Coxsone, ainsi appelé par beaucoup, fut sans nul doute le père du divertissement populaire de la Jamaïque. Pendant des décennies, le développement de la musique moderne jamaïcaine et la découverte de nouveaux talents se sont appuyés sur ses épaules alors qu'il faisait tout son possible pour rendre son entreprise internationale. Nous pouvons être fiers que Clement Dodd était encore vivant pour voir de ses yeux Brentford Road rebaptisée Studio One Boulevard, dernier hommage à sa contribution nationale exceptionnelle ».