Avant de faire tout le bonheur du monde en général et de leur maison de disques en particulier, la troupe festive et engagée de Sinsemilia donnait déjà tout ce qu'elle avait en réserve d'énergie, de bonheur, de tolérance, sur scène comme en studio à coup de reggae explosif, de ska hyper vitaminée, de discours militant et intelligent. De la promo pour tout ce qui se fume sans tuer à la dénonciation virulente d'une flamme qui grandit, en passant par le militantisme féministe, l'appel à la tolérance, le refus du système occidental basé sur l'égoïsme, la productivité et l'indifférence, les Sinse luttent contre tout ce qui les met en boule pour le plus grand bonheur de la jeunesse révoltée et cultivatrice de plantes médicinales
Parlant de plantes, Sinsemilia est le nom d'une variété de cannabis. On peut imaginer que le groupe n'a pas choisi ce patronyme plus qu'explicite par hasard. En effet, la bande de potes grenobloise est mordue de reggae et lorsque Rike, Mike, Natty, Ivan, Zaz, Roukin', Karine, Luc, Rachid et Fafa décident de monter leur groupe en 1992, ils reprennent tout naturellement les grands titres du grand Bob, dont l'essence spirituelle est la musique bien sûr, mais aussi le cannabis
Nos amis ne pouvaient donc pas mieux illustrer le prophète du reggae en baptisant ainsi leur groupe. Et puis, Sinse est un composé de musiciens qui n'ont pas leur langue dans leur poche. Quelque chose les dérange, les bouscule ou les révolte ? Ils n'hésitent pas à le dire en musique. Dans un pays où fumer autre chose que des clopes est illégal, donner à son groupe le nom de Sinsemilia, est une façon de montrer son jeu sans détour : pas question de se censurer et de se priver de dire ce que l'on pense. Mais chez Sinsemilia, qui dit révolte, colère, indignation, militantisme et affirmation dit aussi réflexion. Si Sinsemilia parle des drogues, de la politique, de la société c'est toujours avec une grande finesse et sans idées toutes faites.
Mais revenons aux débuts de Sinsemilia. Une fois le groupe au complet, celui-ci va se rôder quelques années en concert. L'école de la scène va leur apporter suffisamment de matière, de mots, d'idées et de maturité pour pouvoir enfin mettre en boîte un premier album. En 1996, sort alors « Première Récolte », disque autoproduit qui fait déjà beaucoup d'émules. Amoureux de la scène et du public, le groupe repart ensuite enflammer les salles de concert sur une très longue période, et leur succès leur permet de signer avec le label Double T Music. Sinsemilia publie alors un second opus, « Resistances », en 1998. Alors que la première galette était en anglais, le deuxième album est en VF, histoire que le message engagé soit mieux compris. Et c'est le cas puisque l'excellent titre « La Flamme » qui s'insurge contre les idées du FN ainsi que la reprise de Brassens, « La Mauvaise Réputation », font fureur. Sans concession, généreux sur scène (les concerts de Sinse ne se font pas en 1h30 chrono, mais sont de vrais moments d'impro, de fête, et aussi de réflexion politique), Sinsemilia séduit un très large public (jeune la plupart du temps) qui se reconnaît dans leur démarche artistique et idéologique.
Porté par l'engouement du public et leur passion irréductible pour la musique, Sinse publie ensuite « Tout c'qu'on a » en 2000. Sur cet album, les musiciens jouent plus aux grands frères que dans les opus précédents, modérant leurs propos comme le ton de leur engagement, pro-cannabis notamment. Mais la nuance n'implique pas forcément l'abandon de la révolte militante. En effet, Sinsemilia continue ici à pointer du doigt les failles, et les excès de la société comme du système, mais avec plus de recul et d'analyse.
Après la sortie d'un album live en 2002, « Sinsemilia part en live », puis la parution du premier album solo de Riké, « Air Frais » en 2003, le groupe publie un nouvel opus en 2004, « Debout, les yeux ouverts ». Avec des textes toujours engagés (« Bienvenue en Chiraquie », « Il part en guerre »), l'album, qui flirte un peu avec le rock (Sinse reprend ici « Marlene » de Noir Desir) fait surtout un tabac grâce à « Tout le bonheur du monde » qui cartonne en tête des charts.