Lors d’une interview accordée au magazine de musique Le Monde de la Guitare en février 1997, Tom Morello, le guitariste de Rage Against the Machine disait : « L’Amérique se considère comme le pays de la liberté mais en réalité la seule liberté que vous ayez et que j’ai est celle qui nous asservi au monde du travail. Une fois que vous êtes dans cette liberté-là, vous avez déjà perdu le contrôle sur ce que vous faites, sur ce qui est produit et comment cela est produit. A la fin, votre production ne vous appartient plus. La seule manière d’éviter les petits boulots et les petits chefs c’est de ne pas tenir compte de la manière dont vous vivez. Mais alors, apparaît une deuxième liberté : la liberté de mourir de faim ». C’est tout Rage ça : une vision libertaire des States, une critique virulente et hardcore des effets du capitalisme, une conscience politique à l’état pur aussi corrosive que de l’acide sulfurique. Tout à vraiment commencé en 1992 avec leur premier album éponyme qui a été comme un énorme coup de poing reçu dans la face, avec ses titres comme « Killing in the Name of » ou encore « Bullet in the Head ». Cet album a été l’une des grandes tueries de cette année-là. Sur la pochette, la photo d’un bonze tibétain, en noir et blanc, en train de s’immoler par la feu. Entre funk metal genre Red Hot ou Fishbone et rap hardore à la
Cypress Hill ou Urban Dance Squad, Rage allait faire renaître de ses cendres, un hardcore californien trop souvent cantonné aux skateurs, aux slam et au mouvement straight age (no sex, no alcool, no drug). C’était un peu comme si on venait de réveiller Black Flag ou Minor Threat et qu’on les avaient téléchargés dans la « matrice » (le groupe passera d’ailleurs son temps à incendier Sony et les multinationales qui formatent l’esprit humain). Suivront les albums Evil Empire en 1996, The Battle of Los Angeles en 1999 et Renegades en 2000. C’est aussi en 2000 qu’ils mettront le bordel lors de la convention nationale des démocrates américain ainsi que dans le quartier de Wall Street, profitant aussi au passage pour réaliser leur clip « Sleep now in the fire » sous la houlette de Michael Moore. Ajoute aussi à cela que le chanteur De la Rocha, qui a un petit air à Ziggy Marley, a été de nombreuses fois au Mexique soutenir la cause zapatiste du sous-commandant Marcos et qu’il a été un fervent défenseur de Mumia Abu-Jamal. Rage, s’est dissout en 2000 pour renaître quelques temps plus tard sous les traits de Audioslave. Rage Against the Machine fut un peu un 11 septembre mais sans mort et surtout avec une conscience politique qui visait précisément un ennemi inhumain : la consommation et notre manière de s’y perdre !
pa mal