Venu de Glasgow, en Ecosse, Primal Scream est pourtant emblématique du vent de folie qui soufflait à Manchester au début des années 90. Influencés, entre autres, par la musique psychédélique des années 60, les
Rolling Stones, le dub ou la house, ils se trompent parfois, mais font partie des têtes chercheuses du rock, qui ne tombent jamais dans la routine. Et certains de leurs enregistrements comptent parmi les plus importants de ces dernières décennies. L’origine du Scream remonte au début des années 80. A l’époque, Bobby Gillespie est le batteur d’une des meilleures formations du mouvement gothique : The Jesus & Mary Chain. Mais l’envie lui prend de chanter, et il fonde le groupe comme un projet personnel annexe. Ce dernier prend de plus d’importance, à mesure que de nouveaux membres viennent apporter leur patte, en particulier les guitaristes Robert Young et Andrew Innes. Peu à peu, Gillepsie accorde de plus d’importance à son bébé, délaissant ses anciens camarades et le look qui va avec pour adopter chemises à fleurs, pantalons pattes d’èph’ et autres anachronismes hérités de l’ère hippie. Le premier résultat est « Sonic Flower Groove », sorti en 1987 sur un minuscule label indépendant (Elevation). Et il n’est guère convaincant… Plus proche de l’exercice de style que de la création personnelle, Primal Scream fait du
Byrds avec un son années 80 sous-produit. Une manière comme une autre de se roder… Néanmoins, le public rock, dégoûté par
A-Ha,
Duran Duran et les autres « garçons coiffeurs » qui squattent le top 50 de l’époque se ruent sur le message passéiste du groupe. Bénéficiant de moyens supérieurs, l’album suivant (« Primal Scream », 1989) est plus agressif. Maintenant, les musiciens enlèvent leurs chemises sur scène, secouent leurs crinières et, sans chercher à être particulièrement subtils, jouent fort, très fort. Ce n’est plus du Byrds : c’est du
MC5 ou du
Stooges… Encore une fois, l’effort est bien vu : les
Pixies commencent à cartonner aux Etats-Unis et
Nirvana ne va pas tarder à lancer le mouvement grunge. Si le son manque toujours d’originalité, certains morceaux de garage soul bénéficient d’un lyrisme bien à eux, qui rend le disque audible aujourd’hui. L’heureuse surprise intervient en 1991 avec la sortie de « Screamadelica », un des disques qui ont changé le rock. Mine de rien, les musiciens ont fait du chemin, suffisamment pour s’attirer la sympathie de musiciens de tous horizons : les DJ
Andrew Weatherall et
The Orb, qui mixent de la house, la chanteuse de gospel/soul Denise Johnson et le bassiste fabuleux de
Public Image Limited,
Jah Wobble, maître à penser du dub britannique. Enfermés dans leur studio (avec des substances illicites largement commentées dans les paroles des chansons), Primal Scream et Jimmy Miller, l’ancien producteur des Stones, invitent ces guest-stars les unes après les autres, et parviennent à faire tomber toutes les barrières qui pouvaient exister entre leurs musiques respectives. « Screamadelica » invente donc la house psychédélique (« Slip Inside This House ») et préfigure le trip-hop grâce au magnifique « Higher Than The Sun ». Avec « Loaded », un remix d’une de leurs chansons (« I’m Losing More Than I’ll Ever Have »), le groupe conquiert les clubs : complètement hybride, ce morceau mêle beats house, cuivres soul, guitares slide et cornemuses celtiques pour le plus grand plaisir de publics qui ne communiquaient pas jusqu’alors. Ce n’est pas le premier disque d’électro-rock (
New Order était déjà passé par là), mais c’est la première fois que cette musique se montre sous un jour chaleureux, hédoniste et festif : Peace, Love, Freedom & Understanding ! On est loin des paysages industriels de rigueur depuis
Kraftwerk… Le revers de la médaille est la grosse tête qu’attrape instantanément Bobby Gillespie, qui se met à raconter n’importe quoi dans les interviews : des histoires de meilleur groupe du monde, de single du siècle, etc. Devenu la bête noire des journalistes, Primal Scream se fait descendre lorsque paraît « Give Out But Don’t Give Up » en 1994. Pourtant, ce mélange intéressant de riffs stoniens et de funk bizarre, réalisé avec le concours de
George Clinton, gagne à être réécouté aujourd’hui, même s’il s’éloigne considérablement de la techno. Cherchant à regagner leur public, les musiciens retournent à l’électro-rock avec « Vanishing Point », en 1997. Entre l’ancrage psychédélique, toujours présent (« Burning Wheel ») et les leçons tirées du big beat des
Chemical Brothers (« Kowalski »), le groupe excelle dans les morceaux dansants comme dans les ballades (« Star »). Leur nouveau batteur n’est autre que Mani, pilier des
Stone Roses. Dès lors, Primal Scream se partage entre des projets expérimentaux, tel « Echo Dek » (1997), recueil de remixes dub réalisés par
Adrian Sherwood, ou plus pop, comme « Evil Heat » (2003) et son casting à la limite du people (on a l’insigne honneur d’y entendre
Kate Moss !). L’OVNI absolu reste « XTRMTR » (prononcez « Exterminator »), album extrémiste paru en 2000, maniant la techno et le rock avec une brutalité sans concession… Le solo d’« Accelerator », un gigantesque larsen, est là pour en témoigner ! Leur dernier album, « Riot City Blues », est paru en 2006. La suite c'est en juillet 2008 avec
Beautiful Future, le nouvel album du groupe.