Aujourd'hui, Nick Drake est considéré comme un artiste des plus importants, un songwriter prodige dont l'influence s'étend bien au delà de la folk. Mais ce jeune homme discret disparu trop tôt n'aura jamais connu le succès de son vivant. Quelle malédiction s'est donc abattue sur ce pur génie, fauché il y a 31 ans, le 25 novembre 1974, dans l'éclat de sa jeunesse ? Comment est-il possible que des albums tels que «Fives Leaves Left» (1969), «Bryter Later» (1970) et «Pink Moon» (1972), beautés absolues, chefs d'uvre empreints d'une douloureuse sensibilité, aient pu laisser le public de l'époque indifférent ? Cette question ne cessera sans doute de miner les observateurs de l'Histoire de la musique.
Nick Drake nait en 1948, en Birmanie, où travaille son père. Sa famille revient s'installer en Angleterre alors qu'il a deux ans. Durant son enfance et son adolescence, il apprend le piano classique, le saxophone et enfin la guitare. C'est à 19 ans qu'il signe son premier contrat avec le producteur Joe Boyd.
Son premier album, « Five Years Left », sort en 1969. Nick Drake n'a que 21 ans et propose un premier opus d'une grande maturité. Cet album, joyau mélancolique et lumineux, allie douceur et désarroi. Sa manière si personnelle de jouer de la guitare se marie naturellement avec la profondeur feutrée de sa voix. «Bryter Later», un an plus tard, est (relativement) plus léger et dissimule ici ou là des accents jazzy. Paradoxalement, Nick Drake s'enfonce de plus en plus dans une grave dépression. C'est en 1972 qu'il enregistre son dernier album, «Pink Moon», dans le plus strict dénuement, seul avec sa guitare. Cet album, d'une spendeur tragique exceptionnelle, se vend encore moins bien que les deux premiers. En 1974, il abandonne l'élaboration d'un quatrième album. Il meurt en novembre, d'une surdose de médicaments, sans que l'on sache encore aujourd'hui s'il s'agit d'un accident ou d'un suicide.
Il fut quasiment ignoré de son vivant. Il est vénéré après sa mort. Et nous recueillons toujours les états d'âme de ce musicien prodige dans trois albums intemporels, fruits d'une insolente liberté.
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