Ministry, c'est Al Jourgensen. Et Al Jourgensen, c'est le papy chéri du rock indus sans qui Nine Inch Nails, Marilyn Manson ou Rammstein n'existeraient pas aujourd'hui. Lorsqu'en 1981, il fonde Ministry à l'arrière d'une boutique de disques, Jourgensen tient davantage de David Bowie que de Trent Reznor. Chanteur glam et as du synthé, il enregistre avec son pote batteur Stephen George un premier album assez intimiste, «Cold Life». Les débuts du duo sonnent électro-pop jugé gentillette par les critiques, ce qui a le don d'agacer Jourgensen. Trois albums et une tournée plus tard, il enfante «The Land Of Rape And Honey», le «ground zero» du mouvement indus.
Notre tandem est dès lors rejoint par trois nouveaux musiciens : Paul Barker à la basse, Chris Connely au chant et Bill Rieflin, second batteur. Viennent également se joindre à eux les copains junkies de Jourgensen tels le leader des Dead Kennedys Jello Biafra ou encore l'acteur maudit River Phoenix. Complètement barrée, la bande construit sa légende à travers ses tournées : sur scène, les membres de Ministry s'enferment dans une cage de catch, tandis que sur écran géant, on diffuse des snuff movies.
Mais les problèmes de drogue de Jourgensen contribuent progressivement à l'effondrement du mythe. Connelly quitte le groupe en 1991, quelques années après celui-ci quitte son Chicago «natal» pour le Texas. Jourgensen s'y fera coffré pour possession de stupéfiants. L'overdose d'un de ses meilleurs amis William Tucker finit de l'achever. Al entre en cure de désintox et met fin à Ministry en 2000.
Puis coup de théâtre : Steven Spielberg invite le groupe sur la BO d'«A.I., Intelligence Artificielle» l'année suivante. Ministry renaît et produit un nouvel album «Animositisomina», précédant un autre départ : celui de Barker. Désormais seul, Jourgensen s'engage politiquement contre l'administration Bush et utilise la licence Ministry dans la compil «Rock Against Bush». Récemment, Ministry fut nommée aux Grammy Awards et a regagné les studios pour enregistrer son ultime opus «Rio Grande».