Il paraît que Michel Sardou est un grand chanteur : un provocateur, un qu'a pas froid aux yeux, un poète, tant qu'on y est
Mais si l'on a un peu de discernement on s'aperçoit que ce polémiste de droite n'a, en fait, jamais volé plus haut que la brève de comptoir. Ses idées, même pas fascistes, sont celles de tous ces « braves gens » nostalgiques d'une France profonde mythifiée. Et c'est pour cela que, depuis quarante ans, il obtient un succès colossal. Signalons enfin, dans son répertoire, quelques kilos de chansons d'amour, un genre dans lequel il se montre aussi brillant que son grand ami
Didier Barbelivien.
Fils des artistes de music-hall Fernand Sardou et Jackie Rollin (sans rapports avec le librettiste Victorien Sardou), le petit Michel est un « enfant de la balle », qui grandit littéralement dans le milieu du spectacle. Le label Baclay lui laissant très tôt sa chance, on le découvre à la fin des années 60. Porté par le succès d'
Antoine, il sort sans succès, en 1966, des chansons sur les beatniks, les rockers et les mods avant de trouver, l'année suivante, la formule qui marche. Visiblement inspiré par son retour du service militaire, il décide, en pleine guerre du Vietnam, de chanter un hymne pro-USA : « Les Ricains ». Son pari est gagné : on parle de lui. D'autres succès d'estime suivent : « Petit », où il dépeint un père disant à son fils d'aller jouer dans le jardin, puis « Si j'avais un frère au Vietnam » et « Monsieur le Président de France », dans lesquels, sans se lasser, il répète les idées des « Ricains ».
En 1970, sa carrière évolue. « Les Bals Populaires » marquent sa rencontre avec « La France d'en Bas ». En parlant d'aller « boire un coup » en écoutant de l'accordéon, il abandonne l'image de jeune rebelle à la guitare sèche et aux idées de droite qui lui collait jusqu'ici à la peau. « Et Mourir De Plaisir », chanson d'amour aux arrangements particulièrement pompeux, confirme ce virage consensuel. L'année suivante, il obtient le très prestigieux prix de l'Académie Charles Cros pour sa chanson « J'habite en France », qui incarne avec éloquence sa conscience politique : « Mais France c'est aussi un pays/Où il y a quand même pas 50 millions d'abrutis », chante-t-il en colère. Le succès arrive et Sardou se lie d'amitié avec
Hallyday.
Avec « Danton » (1973), il revient, comme il le fera souvent, à la « chanson à texte ». Il s'en prend à Robespierre, s'invente des ennemis cherchant à le guillotiner, parle de protéger la religion contre ses ennemis
mais n'obtient pas le succès escompté. Par contre, son slow torride, « La Maladie D'Amour », triomphe. Le refrain est célèbre : « Elle court, elle court, la maladie d'amour/Dans le cur des enfants de 7 à 77 ans ». En 1975, il signe avec « Le France », une de ses plus célèbres chansons, dans laquelle il explique comment on peut couler un pays en coulant un bateau. Enorme succès, disque de platine
Porté par ce triomphe, le chanteur n'hésite plus, et 1976 est l'année de toutes les audaces. Il chante « La Marseillaise », et publie deux 45 tours osés. Dans « Le Temps des Colonies », tout d'abord, il évoque « le temps béni de l'AOF », où l'on avait des « serviteurs noirs » et plein de « femmes dans son lit ». Quant à « Je Suis Pour », elle marque son engagement en faveur de la peine de mort. Pour les tueurs d'enfant, bien sûr
Suivront, entre autres réjouissances « Ils Ont Le Pétrole Mais C'Est Tout » et « Qui Est Dieu ? », tous deux parus en 1979. En colère contre le monde Arabe, il y donne une leçon de géopolitique (« Ils ont le pétrole/Mais ils n'ont pas d'eau/Pas de neige en montagne/Pas d'huîtres en Bretagne/Que des sables chauds ») et un abrégé de métaphysique : « Dieu sourit/Au soleil/Sous la pluie/Par tous les vents/Dieu c'est le temps ». Comme c'est un chanteur familial, il interprète aussi des choses légères comme « En Chantant ».
Les années 80 ne voient pas tarir le succès de Sardou. Dès 1981, il fait très fort avec « Les Lacs du Connemara » (1981), devenu depuis un classique des soirées HEC, et « Etre Une Femme », célèbre fantasme misogyne où il représente les femmes dans diverses positions de pouvoir (PDG, Pilote, Agent de Police), mais régnant grâce à leurs corps
forcément ! N'abandonnant pas les causes sérieuses, il critique aussi le communisme avec « Vladimir Ilitch » (1983) et soutient l'enseignement catholique avec « Les Deux Ecoles » (1984). Le dernier scandale que le chanteur ait réussi à soulever concerne d'ailleurs un problème d'éducation. Dans « Le bac G » (1992), il s'en prend aux « diplômes à bon marché » et aux « lycées poubelles », parvenant ce qui est rare à réunir les syndicats enseignanst contre lui.
Depuis, il vend toujours autant de disques, remplit toujours autant de salles, joue au théâtre, mais la diversification des médias aidant, il est plus facile de l'éviter et de faire abstraction, quand on croise son sourire suffisant sur une affiche. Il a plusieurs fois affirmé sa volonté de prendre sa retraite mais ne semble toujours pas décidé à passer à l'acte.
Au cours de sa longue carrière, il aura attaqué les homosexuels (« Le Rire Du Sergent », en 1971, puis « Le Surveillant Général », en 1972), parlé des femmes et de l'Islam sur un ton méprisant et défendu les hommes avec du poil aux pattes, la France, la Chrétienté, la peine de mort et l'école privée. Voilà, pour certains, ce qui s'appelle le courage. Voilà, pour les autres ce qui se résume en trois lettres et rime avec « morpion ».
je pense crismic370, que c'est "elle vit toute seule" album 2011