S’il y a beaucoup de rockeurs, de rappeurs et de petits génies de l’électro qui peinent à se renouveler comme à renouveler le genre, il existe aussi des savants fous et alchimistes du son, qui sont encore capable de nous surprendre, et de bousculer un peu nos pauvres petits tympans blasés. C’est le cas de Matmos, duo génial d’inventeurs sonores, qui ont ce don de détourner tout ce qui les entoure pour créer des mélodies hors normes, déroutantes mais totalement captivantes. Erudite et novatrice, la musique électronique de Matmos ne se permet pas de faire comme les autres : tandis que beaucoup de leurs collègues bidouilleurs se plaisent à revenir sans cesse dans les 80’s, Martin C Schmidt et Drew Daniel préfèrent quant à eux réhabiliter la vielle à roue et autres instruments moyenâgeux, envisager la musique dans une perspective historique qui relie l’époque médiévale anglaise au XIXè siècle américain, et mêler l’art musical à la science médicale. C’est dans les années 1990 que Drew Daniel et Martin C Schmidt fondent le groupe Matmos, à San Fransisco. En 1998, ils publient un premier album éponyme, puis « Quasi-Objets » et enchaînent avec « The West » qui paraît un an après. En 2001, Matmos sort l'opus, « A Chance To Cut Is a Chance To Cure », où les deux musiciens créent toutes leurs mélodies électroniques à partir de samples d’opérations en chirurgie et de scalpel bien aiguisé (brrr). Après avoir collaboré au quatrième album de Björk, « Vespertine » (2001), Matmos revient dans les bacs en 2003 avec « The Civil War », qui aborde en musique plusieurs périodes de l’histoire anglo-saxonne, notamment deux guerres civiles : celle qui a lieu en Angleterre au milieu du XVIIè siècle sous le règne de Charles I (qui sera exécuté en 1649 et remplacé par Cromwell), et la guerre de Sécession qui se déroule aux Etats Unis entre 1861 et 1865. Utilisant aussi bien la vielle à roue que la guimbarde, le banjo, le tuba, les orgues ou encore le basson, louchant du côté du folk champêtre et de la country, Matmos propose une électro complètement décalée et terriblement envoûtante, qui ne manque ni de piquant, ni d’humour, et qui fait preuve d’une audace sans commune mesure. En 2006, Drew et Martin sont de retour avec « The Rose Has Teeth in the Mouth of a Beast », auquel ont entre autres collaboré Björk, et Antony, qui a mis les Johnsons au placard pour l'occasion.