Peut-être est-ce le fait des grandes villes de créer des peurs et des névroses, de l'hystérie et de la paranoïa, des gens en walkman et en rollerblade qui font la queue pour un oui ou un non. Peut-être est-ce la raison d'être d'une ville que de ne se consacrer qu'au travail ou qu'à l'art, fabriquant du temps qui se calcule plus en secondes qu'en existences. Une ville c'est radicale. Ce n'est pas pour rien qu'on y trouve aussi les grands artistes, ceux et celles qui ont la capacité d'en parler. Paris, Tokyo, Berlin, toutes les villes regorgent de peintres et de sculpteurs, d'écrivains et de musiciens qui ont su et savent toujours mettre en lumières les misères humaines produites par le quotidien urbanisé, l'évidence d'un « cauchemar climatisé ». A New-York par exemple, tu as Woody Allen pour le cinéma, Paul Auster pour la littérature, Keith Harring ou Basquiat pour la peinture. Pour la musique, tu as Lou Reed. Voilà un bon exemple. Lou Reed.
Tu l'as sûrement connu via sa chanson « Walk on the Wild Side » écrite en 72 pour son disque Transformer (produit par David Bowie). Il y a tout New York là-dedans, sa « face sauvage » et indomptée, visage drogué et appauvri d'une même pièce de monnaie qui affiche Big Apple côté pile. Né le 2 mars 1942, à Brooklyn, le père Lou Reed a déjà à son actif quelques chanson déglinguées écrites pour le Velvet Underground pendant les sixties, groupe mythique érigé en étendard par Warhol et porté aux nues par la mannequin Nico. Avec Transformer, 2e disque solo de Reed, c'est un autre visage de New-York qui se met à briller, celui du monde de la nuit et de son lot de prostitués, univers de transsexuels faisant du stop sur la 8e Avenue, de junkies titubant dans Lower East Side, de travelos complètement bourrés cuvant sur les bancs de Central Park. C'est la misère d'une ville, sa création, sa mauvaise conscience. Avec Lou Reed, les tabous allaient être explosés dans toutes leur noirceur. Et l'explosion continue avec son 3e album Berlin (73), pensé comme un concept cinématographique où les paroles donnent le change à des prises de sons bizarroïdes. De cet album, Michel Houellebecq dira : « avec Berlin, j'avais l'impression que c'étaient des scènes de la vie de couple de Lou Reed ». Ca braille, ça pleure, ça s'engueule, ça pétarade, ça chantonne
drôle d'album ! Mais même là, il s'agit de la Ville (Berlin) et de sa manière d'empiéter sur la vie amoureuse et les relations sentimentales. Encore la ville avec son 6e album Coney Island Baby (1976), toujours la ville avec son (superbe) 15e album New-York de 1989 où les chansons survolent l'esprit comme des hélicoptères au-dessus d'un boulevard de confettis. Lou Reed, c'est un peu comme un polar qu'on lirait dans une gare, par terre, le dos calé contre son sac à dos.
Lou Reed, c'est l'inverse des Petits Ecoliers : ce n'est que pour les adultes.
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