Pour faire un cube, rien de plus simple : prenez un beau chanteur et bassiste comme Harry Collier, mettez-le avec un guitariste comme Adj Buffoni, un batteur comme Dominic Greensmith et un clavier de la pointure de John Tilley et "hop" vous obtenez un Rubik's Cube qui fait de la musique quand vous le tournez ! Ensuite appelez ce nouvel objet qui fabrique tube sur tube (cf. "Remain"), appelez-le
euh
Kubb par exemple. Et voilà 5m³ de succès. Kubb ? Ca vient d'où ce nom-là ?
"Kubb, ça ne veux rien dire, explique Harry Collier. Je crois me souvenir d'avoir dit que j'aimais bien ce nom mais je pensais plutôt à "Cub". C'était après quatre jours de boulot éreintant et tout le monde se disait "et qu'est-ce que tu penses de ça, et de ça
et ça, ce n'est pas mieux comme nom ?" ou encore "oh non, ça c'est nul !", etc. Kubb ce fut le seul truc ou aucun de nous a dit "je déteste". C'était très dur à trouver. De toute façon tout le monde s'en fout des noms maintenant. Regardez Coldplay, par exemple. C'est quoi comme nom ? Ou Keane.
Keane c'est vraiment un sale nom et pourtant qui s'en préoccupe tant qu'ils font de la bonne musique ?"
On rigole, on rigole mais le succès n'a pas toujours été au rendez-vous, surtout pour Harry Collier (31 ans en 2006) qui est passé par des gouffres de déprime longs et éreintants, des abysses de tristesses pas du tout cubiques pour le coup.
Né à Londres, il passe la plus grande partie de son adolescence à Tobago dans les Caraïbes avant de revenir à l'âge de 18 ans dans les Cornouailles (prononcez Kernev-Veur en Breton). Là-bas, à la pointe de l'Angleterre (il y restera 10 ans) il monte un petit groupe répondant au doux nom de Rootjoose mais n'arrive pas à percer. Parallèlement à son travail musical, il bosse dans un restau végétarien en tant que serveur et rêve en secret de monter sur les planches. Un jour, Rollo (le frère de la chanteuse
Dido) entre dans le restaurant accompagné par un groupe de personnes pour fêter l'anniversaire de l'une d'elle. Après avoir bien mangé, Rollo convie Harry Collier à chanter "happy birthday" et hallucine sur le grain de voix du jeune homme. Impressionné il l'invite même à lui rendre visite dans son studio de Highbury. Harry ne se fera pas prier. Malheureusement pour lui, commencera pendant 5 ans une "petite descente" dans la drogue (pilules diverses et variées, cocaïne, herbe, éphédrine) le tout ponctué sûrement de bière (nous sommes en Angleterre ne l'oublions pas). En 2005, il arrive à sortir un peu la tete des ivresses chimiques et nous offre un titre, "Wicked Soul", qui cartonne tellement sur les radios qu'il lui permet de se débarrasser de la drogue et de se consacrer à l'enregistrement d'un album. Ce sera le bel album "Mother" en 2006 où l'on retrouve le titre "Remain". Quand on demande à ce fan de Zappa et de
Jeff Buckley qu'est Harry si son groupe est le nouveau
Coldplay, il s'énerve un brin :
"je m'en fous. Les gens sont toujours en train de nous dire qu'on est les "nouveaux quelquechose" ! Les nouveaux
Coldplay, les nouveaux Keane, les nouveaux
Muse, les nouveaux
Radiohead. Remarquez, c'est des groupes que j'aime bien mais je ne crois pas qu'on ait un rapport avec eux. Si les gens ont besoin de reférences et d'étiquettes, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? En plus, ce n'est pas prêt de s'arrêter".
Bien dit Harry !
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