Avec son talent et ses crayons, Kent aurait pu dessiner Starship Troopers, mais il a fait jouer d'autres cordes de son arc en se lançant dans le rock avec
Starshooter. Le fan de bandes dessinées va, avec trois copains de lycée, tenter de concurrencer Téléphone. Puis, en solo, Kent va montrer d'autres facettes de sa personnalité artistique, donnant même dans les claquettes et le music-hall avec
Enzo Enzo.
Kent voit le jour le 31 mars 1957 dans une famille d'ouvriers, à la Croix-Rousse, à Lyon. Rien ne le prédestine à une carrière artistique, si ce n'est son coup de foudre pour les bulles en album et sa maîtrise du dessin. Le gamin passionné par la bande dessinée découvre le rock et les accords de guitare à 14 ans. La musique énergique et colorée va devenir sa seconde passion. Avec trois autres élèves dissipés, Kent fonde les Starshooter. Un an après avoir publié une planche dans la revue Métal Hurlant, Kent sort, avec les trois autres membres de son groupe, son premier 45 tours : en 1977, « Pin-up blonde/Quelle crise, baby » paraît. Le groupe, en pleine mouvance punk, exprime sa colère avec provocation, mais humour. Toute une jeune génération se retrouve dans la musique et les propos de ses nouveaux rockeurs. L'enthousiasme du public mène la formation sur les routes des grands hôtels ou des mauvais sandwichs. En 1982,
Starshooter se sépare, un peu lassé par les concerts et les enregistrements en studio, mais aussi par peur de n'être plus qu'une entreprise musicale.
Dès la fin de l'aventure collective, Kent, sans doute moins lassé que les autres, sort « Partout c'est la merde », encore fortement inspiré par Starshooter. Parallèlement au 45 tours, il sort en 1982 « Sales amours », un album de BD. Kent enchaîne 33 et 45 tours, mais ne remporte pas de succès. Sa maison de disques se sépare alors de lui. En 1985, il sort « Embalao » chez Barclay, son nouveau label. Mais Kent doit attendre 1989 pour vraiment repercer dans le milieu de la musique. Avec « J'aime un pays », titre-phare de son quatrième album, « A nos amours », Kent retrouve le chemin du succès. Le rockeur s'est orienté vers la chanson française. Le public découvre sa poésie, son sens de l'observation et les croquis en musique de ses contemporains. Sur la route du succès, il croise un petit garçon, en Roumanie, qui lui inspire « Je suis un kilomètre » pour son nouvel opus. L'année de « Tous les hommes », il croise aussi
Johnny Hallyday et adapte pour le rockeur un titre anglo-saxon.
De la fête de l'Huma au Café de la Danse, Kent est un homme de scène. Mais pour « Un Autre Occident », il reprend le chemin du studio. Kent y met les mots Jacques Prévert, Samuel Beckett et Paul Eluard en notes, avec la participation de
William Sheller, chanteur de la cruauté innocente des « gens qui s'aiment ».
Son nom en lettres de néon, Kent fait son Olympia et rentre dans la cour des artistes de renom. De la Cigale aux Francofolies, Kent est en scène. Sa tournée se retrouve sur un album live. « Juste quelqu'un de bien », composé pour
Enzo Enzo, y est enregistré en duo. Kent, qui n'est pas avare de ses talents, compose aussi pour
Michel Fugain.
Celui qui met les mots en musique et en bande dessinée écrit aussi des romans et se lance dans l'interprétation devant la caméra. En 95, après « Un été pourri » et « Les nouilles froides », il sort « Des gens imparfaits » et joue dans « Un samedi sur la Terre », film de Diane Bertrand. En 96, il fait la « Nouba » avec la musique. L'accordéon de Belleville se mélange aux sonorités du Moyen-Orient pour fêter l'amour. De l'amour à la haine, il n'y a qu'un pas qu'il franchi avec
Rachid Taha dans « La Haine est là ».
Avec « Métropolitain », Kent, le touche-à-tout talentueux, change encore de genre musical et passe de la chanson française aux sons électroniques. « A.D.O. » & Co prend des airs techno. 98 est l'année des parenthèses puisque Kent se lance dans les claquettes et le music-hall avec Enzo Enzo dans « Enfin seuls ! », créé par François Bréant. En 2000, « Cyclone » sort, mais ne renverse rien sur son passage, sinon les collaborations et les certitudes. Kent, qui ne rencontre pas le succès, se sépare de son complice de 12 ans, Jacques Bastello, et quitte Barclay, sa maison de disques. Il veut être libre. Il produit alors ses disques et signe un contrat de distribution avec AZ. « Je ne suis qu'une chanson » ressort de toutes ses ruptures et remises en questions.
Celui qui écrit pour les autres demande leur participation.
Laurent Voulzy,
La Grande Sophie,
M et Michaël Furnon de
Mickey 3D sont « Bienvenue au club ». L'album, sorti en 2005, revient au rock et aux sources de Kent.