Celui qu'on a surnommé « The Dark Prince Of Reggae » (et « 2nd Street Dreads », et « Lloyd Lindburg »
) n'a pas eu beaucoup de chance. Mort prématurément, il n'a pas eu le temps de s'exprimer comme il l'aurait dû. Son influence est essentiellement posthume mais se révèle aujourd'hui comparable à celle d'un
Lee Scratch Perry.
Bien que né dans une famille de musiciens, Keith Hudson ne se destine pas d'emblée à une telle carrière puisqu'il entame des études de chirurgie dentaire. C'est donc par un hasard de la vie (son amitié pour le tromboniste des
Skatalites, Don Drummond) qu'il prend pour la première fois le chemin du studio en 1968 et produit un hit : « Old Fashioned Way », interprété par
Ken Boothe.
Une intervention énergique du toaster U-Roy, qui se livre à un éloge du producteur, sur son propre « Dynamic Fashion Way » fera le reste. Le carnet d'adresse de Keith Hudson explose, et il travaille avec
Big Youth,
John Holt,
Delroy Wilson,
Alton Ellis ou
Dennis Alcapone. Dans les années 70,il s'investit aussi pour sa carrière solo, grâce à laquelle il acquiert son titre de "Prince des Ténèbres". Cinématographique et torturé, son dub déroute, annonçant bien des évolutions à venir (notamment le novo-dub) mais dérangeant le public jamaïcain dans ses habitudes.
En 1976, il choisit donc de s'exiler à New-York où il travaillera à un rythme soutenu jusqu'à la fin de ses jours, sans jamais vraiment retrouver les suffrages de la Jamaïque. Il décède d'un cancer du poumon en 1984, à l'âge de 38 ans.