Personnage controversé, Joey Starr incarne à lui seul la puissance médiatique et scandaleuse du rap français depuis le début des années 1990. Connu pour ses nombreux succès avec
Kool Shen, au sein de
NTM (parfois nommé Suprême NTM), il s'est également rendu célèbre pour ses démêlés avec la justice et le show-business. Il est aujourd'hui un homme d'affaires autant qu'un artiste.
Pourtant, d'un point de vue sociologique, le jeune Didier Morville n'était pas des mieux lotis. Né à Saint-Denis, banlieue parisienne pauvre, surpeuplée et « à problèmes », comme on dit si poliment, il doit en plus supporter un père violent qui le jette carrément dehors à sa majorité, en 1985. Il vivote alors pendant un an, dormant dans le métro ou les catacombes de Paris. La fin de cette galère n'intervient véritablement qu'en 1990, à la sortie de la compilation historique « Rapattitude » (avec
Assassin,
Dee Nasty et
Tonton David), où figure le premier titre commercialisé d'NTM, « Je Rap ». A l'époque, Joey n'a ni compte en banque, ni adresse fixe. Quelques mois plus tard, leur premier maxi, « Le Monde De Demain », se vend à 50 000 exemplaires...
Après dix années sulfureuses au service du duo, marquées par des polémiques nationales sur la liberté d'expression, à propos du titre « Police », Joey Starr commence à faire parler de lui en solo. Il est d'emblée nimbé d'une image ambiguë, à la fois engagée à gauche et violente : les brutalités qu'il fait subir à une hôtesse de l'air en 1998, et sa relation orageuse avec l'actrice Béatrice Dalle n'ont rien fait pour arranger les choses.
En 1998, il fonde d'abord (aux côtés de DJ Spank et DJ Naughty J.) le label
BOSS, pour lequel il s'investit grandement. Des artistes comme
Sniper,
Lord Kossity ou
Iron Sy lui doivent leur notoriété. Sur un terrain moins musical, il crée également sa propre marque de vêtements, « Com-8 », griffe streetwear disponible dans son propre magasin streetwear. A la radio, on l'entend animer une émission sur Skyrock, deux fois par semaine de 1999 à 2004. A l'écran, c'est Canal +, qui lui consacre l'émission de télé-réalité « 60 Jours, 60 Nuits », où il partage la vedette avec
Francis Lalanne
et où il profite de l'occasion pour faire un maximum de publicité pour sa marque ! Au cinéma, c'est dans le film "Bikini Bandits", avec Ophélie Winter, qu'il "s'illustre" en 2004.
En fait, sa seule création post-NTM a longtemps été le morceau "Gaz-l", sur la BO du film « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre », de son ami
Alain Chabat. Et ce titre est loin d'avoir fait l'unanimité
En revanche, l'artiste s'est fait entendre pour ses prises de position diverses, notamment sa campagne pour l'inscription des banlieusards sur les listes électorales, organisée avec
Jamel Debbouze et
Jean-Pierre Bacri.
Mais 2006 s'est avérée l'année de son grand retour. Il a publié une compilation de ses titres favoris, « My Playlist », montrant la diversité de ses goûts : on y retrouve des amis et confrères (Iron Sy, Sniper,
IAM), des références rap US (KRS One, les
Beastie Boys) ou reggae (Linton Kwesi Johnson,
I-Roy, Mad Lion) mais aussi de grands classiques de la soul, interprétés par
James Brown ou Ben E King. Le livre « Mauvaise Réputation », série d'entretiens avec le journaliste Philippe Manuvre, est également sorti. Et pour couronner le tout, son premier album solo, "Gare Au Jaguarr", est sorti le 16 Octobre.
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