Au lieu de complexer sur son physique, François Hadji-Lazaro s'en est fait une stature, à l'image de la place imposante qu'il occupe dans le paysage musical. Avec
Pigalle, duo minimaliste trop souvent sous-estimé, il a préfiguré dix ans avant bon nombre des tendances qui ont marqué la chanson française des années 90. Avec les Garçons Bouchers, il a créé l'un des classiques absolus du répertoire punk : « La Bière ». Avec son label, Boucheries Productions, il a participé enfin à l'aventure du rock alternatif, en marge des grandes maisons de disque. Et, se faisant, il a révélé quelques talents essentiels.
On s'en doutait, c'est à Paris que naît le chanteur. Pas dans le 18ème ou le 9ème arrondissement mais dans le paisible 14ème, où vécut
Brassens. Sa famille a beau être nombreuse, et il a beau être le petit dernier, c'est tout seul qu'il découvre la musique :
Bob Dylan, sa première passion, et au-delà, le folk sous toutes ses formes. Dans les années 70, peu intéressé par le rock intellectuel défendu par les médias, il creuse toutes sortes de musiques folkloriques, alors très en vogue en France. Il devient alors un impressionnant multi-instrumentiste, capable de jouer de la guitare, de la flûte, de la cornemuse ou du violon. Il gagne sa vie en tant qu'instituteur et fonde un groupe avec ses copains : Pénélope.
La vague punk lui offre un nouveau départ. Alors que ses abus d'alcool le font basculer dangereusement dans la galère chronique, il fonde Pigalle au début des années 80. Au départ, le groupe répète dans une cave au pied de la Butte et joue du rock, en toute logique. Mais, petit à petit, l'affaire devient un duo, réunissant Hadji-Lazaro et Daniel Hannion, remplacé par Henri Escudié. Peu à peu, le groupe forge son style, entre minimalisme à grand renforts de boîte rythme et chanson gouailleuse à l'ancienne.
Mais c'est au sein d'un autre groupe que le chanteur sort son premier disque. 1985 voit en effet la naissance des Garçons Bouchers, marqués par la voix éraillée d'Eric Blank et la basse de Riton, camarade de
Parabellum. Sorti au début de l'année suivante, le 45 tours autoproduit « La Bière » ressemble à une blague mais devient immédiatement culte chez tous les keupons de l'Hexagone. C'est dit, les Garçons Bouchers feront des disques ! Et comme l'extrémisme n'est alors pas de mise chez les majors, ils les diffuseront sur leur propre label, imitant l'exemple des Bérus. C'est ainsi que naît Boucheries Productions. Dans la foulée, les musiciens alignent une impressionnante série d'albums : « Les Garçons Bouchers » (1987), « Tome II » (1988), « Un Concert » (1989), « On A Mal Vieilli
» (1990), dans lesquels ils s'essaient au ska, au rap et à toutes sortes de musiques folkloriques, sans perdre une seule seconde leur esprit bourrin et décalé. La reprise hardcore devient vite leur spécialité, comme en témoignent « Du Beaujolais » (reprise de « No Milk Today » des Herman's Hermits, « Viens Voir Les Musiciens » (d'
Aznavour) ou « J'Ai La Rate Qui S'Dilate » !
A cette époque, Pigalle sort également un premier disque éponyme et un peu raté, et François Hadji-Lazaro, décidément malade d'une bougeotte chronique, participe à Los Carayos, un « super-groupe » délirant avec le bassiste des
Wampas, le chanteur de Parabellum et un certain
Manu Chao, dont le groupe, la
Mano Negra, vient de signer chez Boucheries. Le label attire des artistes de plus en plus nombreux de la scène alternative, tandis qu'Hadji-Lazaro devient célèbre. Il entame une carrière d'acteur qui l'amènera à collaborer avec
Bertrand Tavernier,
Georges Lautner,
Caro et
Jeunet,
Claude Berri,
Christophe Gans
C'est en 1990 que Pigalle signe son classique : « Dans La Salle Du Bar-Tabac De La Rue Des Martyrs », hymne au Paris enfumé des nuits sans joie. L'album, « Regards Affligés Sur La Morne Et Pitoyable Existence De Benjamin Tremblay », mérite le qualificatif de chef-d'uvre, car où on ne lui trouvera aucun équivalent. Disque concept, narration pleine de trous et d'écarts, située dans un monde urbain et onirique, elle laisse la part belle à la plume d'Hadji-Lazaro. La musique, quant à elle, mène à son plus bel aboutissement le punk folklorique et décharné du groupe.
Les Garçons Bouchers poursuivent leur route jusqu'en 1995, où sort une sorte de disque d'adieu : « Ecoute, Petit Frère ! ». Et Pigalle devient, pour un temps, la nouvelle priorité du chanteur. Mais, malgré leur verve littéraire, les albums « Rire Et Pleurer » (1993) et « Alors
» (1997) ne parviendront pas à retrouver la magie du deuxième album.
En revanche, Boucheries Productions connaît son apogée artistique dans les années 90. Divisée en plusieurs sous-labels « Boucherie », « Abatrash », « Acousteak » et « Chantons Sous La Truie », la maison sort du carcan du rock alternatif, s'ouvrant de plus en plus à la musique traditionnelle, à la chanson française ou à l'indus-metal. Il révèle des talents comme
Clarika, Les Elles, Les 10 Petits Indiens, Y-Front et réédite en CD la discographie de
Malicorne. Quelques compilations mémorables (comme « Petite Oreille », destinée aux enfants, ou « C'Est La Reprise », uniquement constituée de reprises) rendent compte de cette remarquable diversité. Mais, à quelques notables exceptions près, comme
Paris Combo, les artistes de Boucheries ont un succès discret. Et ceux qui touchent une plus large audience tendent à imiter l'exemple de la Mano Negra, qui avait quitté le label pour rejoindre Virgin dès la fin des années 80.
Un jour, au début des années 2000. Hadji-Lazao finit par mettre la clef sous la porte. Il poursuit depuis une carrière solo qu'il avait initiée en 1996 en sortant « François Détexte Topor », collaboration avec l'écrivain, dessinateur et artiste imprévisible
Roland Topor, inventeur de Téléchats comme du scénario du « Locataire » (de
Roman Polanski). Il a à ce jour sorti les albums « Et Si Que
» (2003), « Contre Courant » (2004) et « Aigre Doux » (2006). Il y synthétise ses influences cardinales : le rock, le folk, la chanson française et la poésie. Il a croisé
Olivia Ruiz sur sa route en 2005 et s'est offert deux duos avec elle sur une réédition de « Contre Courant ».
Cher François,
je tenais à ce que vous sachiez qu'en gros;j'apprécie terriblement, globalement ce que vous faites ,etc.
Et si vous aviez le temps,pourriez-vous me donner le nom s'il vous plaît de votre fournisseur de tee-shirts(le coloris vert en particulier avec le tire-bouchon à l'ancienne...)?
Je vous souhaite le meilleur...à venir.
une fan nommée agnès