Aucun artiste, sans doute, ne peut se vanter d'avoir aussi inextricablement associé le génie et le ridicule que Falco. Johann Holzell, de son vrai nom, a en effet essayé à peu près tous les styles de musique jouables dans les années 80 et 90, du hip-hop à la dance music, en passant par le hard FM le plus gras et les slows héroïques. Grâce à quelques tubes internationaux, il s'est imposé comme la plus grande star autrichienne du rock, semant un peu de provocation au sein de la très conservatrice société viennoise. Cependant, force est de reconnaître qu'à peu près tous ces morceaux ont beaucoup vieilli... Bien ou mal ? Cela dépend du degré avec lequel on les prend !
Jeune prodige tout frais sorti du Conservatoire, Falco (qui s'est rebaptisé ainsi en hommage à un skieur allemand, Falko Weissflog) fait ses premières armes dans divers groupes jazz-rock et punk avant d'exploser en1982 les charts mondiales avec « Der Komissar », inclus sur l'album « Einzelhaft ». Paru deux ans après « The Magnificient Seven » des
Clash, cette chanson lui ressemble en tous points. Mais l'exotisme introduit par la langue allemande, ainsi que la classe naturelle de l'artiste font événement. Le titre sera samplé un nombre incalculable de fois.
Porté par ce succès, le chanteur se dit qu'il peut tout se permettre. Cela donnera « Jeanny », un slow qui ferait passer « Wind Of Change » des
Scorpions pour un sommet de bon goût. Racontant l'histoire tragique d'une prostituée, le morceau ne lésine ni sur les nappes de clavier, ni sur les churs publicitaires. Après un faux flash info, on y entend brutalement un cri du chanteur d'une longueur particulièrement insolite. L'introduction met direct dans le bain, le corps du morceau est bien lourd comme il faut, le final n'en finit pas... Bref, dans le genre, c'est absolument brillant. Et ça, Falco le sait ! Il n'hésitera donc pas à récidiver, par la suite, avec « Jeanny Part 2 (Coming Home) », « Jeanny Part 3 (Where Are You Now ? ) » et même « Jeanny Part 4 (Und Wer Fragt Nach Jeanny) », tous conçus sur le même modèle.
Entre temps, il sort un nouvel album avant de rencontrer à nouveau la gloire en 1986. Bien avant l'année
Mozart, il signe en effet « Rock Me Amadeus », une nouvelle pièce de rap synthétique, dont il serait dommage de ne jamais voir le clip. Dans un costume évoquant vaguement le compositeur, notre superstar se jette au milieu d'une foule de Hell's Angels ; signe des autographes ou fait des signes grossiers à la caméra. Falco est un provocateur, et s'il faut en passer par le grotesque pour se faire entendre, ce n'est pas grave...
La suite des événements sera marquée par des albums de plus en plus confidentiels. Ses morceaux de hard FM surproduit (« Wiener Blut », 1988), ou ses tentatives de singer
Sinatra se heurtent en effet à un insondable silence critique. Il retrouve cependant le chemin du succès avec son comeback, « Out Of The Dark/Into The Light», en 1998. Montrant qu'il sait vivre avec son temps, il y enregistre « Der Kommissar 2000 » (avec un vrai DJ), « Cyberlove » (qui évoque l'amour sur Internet » et « Naked » (animé par une choriste « R'n B »), pour lequel il fait les frais d'un clip à l'érotisme provocateur. Malheureusement, alors que tout était encore possible pour lui, il meurt tragiquement, fauché par un bus en République Dominicaine. Il avait quarante ans.
Falco, Falco. Je n'écoute que du Falco ( et du Mahler, tiens tiens encore un autrichien). Quelle perte pour le monde de la musique. Mais n'oublions pas que "Spirit never dies"