Emily Loizeau : interview vidéo
Emily Loizeau

Emily Loizeau, l'interview vidéo de l'autre bout du monde

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loiseau-player Ados.fr : A quand remonte tes premiers émois sonores ?
Emily Loizeau : C'est une longue et vieille histoire puisque j'ai commencé le piano à cinq ans et demi, et c'est vite devenu un truc important dans ma vie. J'ai donc pris une voie un peu professionnelle assez jeune, mais pour être pianiste classique. Dès l'âge de 13 ans, j'allais à l'école le matin, et au conservatoire l'après-midi. C'était beaucoup de travail, entre 6 et 9 heures de piano par jour, des examens, des concours, ça n'en finissait pas, c'était très enrichissant, mais c'était aussi très dur, parce que je n'étais pas une enfant prodige. Au bout d'un moment, toute cette pression a fini par tuer un peu le désir et le plaisir de jouer. J'ai donc un peu tout envoyé bouler du jour au lendemain, je devais avoir vingt ans à peu près, et j'ai décidé de partir faire une école de théâtre à Londres, en fait je suis d'origine anglaise, donc j'ai tout ma famille en Angleterre. C'est là que l'on m'a offert un accordéon, et j'ai alors commencé à faire des reprises comme ça, juste pour le plaisir, et puis aussi parce que pour le théâtre, c'était finalement assez utile : scéniquement ça fait son petit effet l'accordéon. Et puis j'ai perdu mon papa cette année là, c'était un moment rude, un pas dans la vie d'adulte, on se rend compte que l'on est un peu seule face à ces graves problèmes de la vie...J'ai mis alors un texte à lui en musique, c'est la première chanson que j'ai faite, mais pas du tout en me disant : « je vais faire un disque », mais parce que j'avais envie de faire plaisir à ma maman, à ma sœur, à ma famille...Et puis finalement j'ai écrit d'autres chansons, je suis rentrée en France et j'ai travaillé dans le théâtre pendant deux ans. Parallèlement, je faisais des concerts dans les bars, à passer le chapeau, mais c'était juste pour expérimenter ce truc, je m'éclatais vraiment beaucoup sur scène. Puis s'est arrêté le deuxième contrat dans le théâtre pour lequel je travaillais, et une fois que ça s'est terminé, je me suis retrouvée face à moi même : j'avais une passion qui était en train de se profiler, et soit je me jetais à l'eau et je prenais le risque, soit je continuais dans le théâtre, et puis la musique, c'est redevenue une évidence.

Ados.fr : « L'Autre Bout du Monde », est le titre d'une de tes chansons, mais aussi celui de ton nouvel album : qu'est-ce que ce titre évoque pour toi ?
Emily Loizeau : La chanson « L'Autre Bout du Monde » parle d'un rêve récurrent où je rencontre quelqu'un qui me manque, qui est mort, et qui m'explique dans mon rêve, qu'il n'était pas mort du tout, que je me suis plantée, qu'en fait il vivait depuis très longtemps à l'autre bout du monde. C'est un moment à la fois magique mais aussi un instant terrible parce que je culpabilise, je me dis : « mais pourquoi j'ai oublié cette personne tout ce temps, je l'ai laissée seule... » et puis je me réveille et en fait, ce n'était pas vrai, et ça c'est encore plus terrible. L'autre bout du monde c'est le seul endroit où l'on peut rencontrer des choses qui n'existent pas ou qui n'existent plus, c'est un peu mon pays des merveilles à moi. L'autre bout du monde peut être aussi là où on est après, avec tout ce que ça laisse imaginer... Mon disque parle beaucoup de ça, de cet espèce de monde un peu onirique, d'une enfance que l'on cherche à retrouver et puis en même temps des angoisses qui reviennent. Evidemment « L'Autre Bout du Monde » comme titre d'album, ça donne une impression d'un voyage, et cette chanson c'est un voyage, et pour moi mon disque c'est aussi un voyage, c'est une tranche de vie, dans laquelle j'ai voyagée tout ce temps pendant lequel j'ai écrit ces chansons, et où il s'est passé plein de choses, où j'ai évolué aussi : j'ai vécu un deuil, je me suis apaisée par rapport à ça, j'ai d'abord été en colère, ensuite je me suis apaisée.... Donc voilà, c'était un titre absolument parfait parce qu'il résumait cet espèce de passage de l'enfance à l'âge adulte, de la réalité au rêve.

Ados.fr : Ta musique semble être influencée à la fois par le classique, mais aussi par des sonorités plus actuelles, notamment la pop et le folk. Il paraît que Bob Dylan t'a particulièrement marquée...
Emily Loizeau : C'est toujours compliqué l' histoire des influences, mais Bob Dylan, il a cet espèce de truc foudroyant du garçon qui a vu quelque chose de son époque, avec une fulgurance et une justesse : c'est comme un moment de vérité et les moments de vérité ce sont des choses assez rares qui se passent. Dylan le dit lui-même dans son auto-biographie, qu'il n'écrira plus jamais de chansons comme ça, qu'il a eu la chance d'être touché cette grâce là, d'avoir compris, d'avoir vu ce qui se passait, et d'avoir pu mettre des mots qui correspondaient exactement à ce que les gens voulaient entendre, par rapport à l'évolution de la société et par rapport à toute l'ambiance qui régnait à cette époque, et j'admire ça, parce que je trouve qu'il est très difficile d'être engagé dans ses chansons, de parler de choses qui se passent, qui sont graves, qui sont importantes, et qui sont forcément politiques. Moi je ne le fais pas, j'ai fait une chanson pour Mumia Abu-Jamal, contre la peine de mort, mais je ne la chante plus, je trouve ça extrêmement difficile, parce que c'est très réducteur en fait une chanson, ça peut vite devenir cliché et ça peut vite devenir démago. Bob Dylan, il a réussi à tout simplement mettre un grand coup de tonnerre dans tout ça, c'est fantastique, ses chansons pour moi, ça vaut tout les discours politiques. En dehors de ça c'est un type qui est d' une sensibilité incroyable, qui écrit avec âpreté, avec virulence, violence, autant parfois avec une douceur incroyable, pour moi c'est un exemple.

Ados.fr : Dans certaines de tes chansons, les ambiances cabaret se mêlent au jazz et au blues, ce qui donne un côté un peu désuet, décalé à ton album...
Emily Loizeau : Mais je ne cherche pas à être décalée...Si tu veux, ce qui me fait le plus plaisir en ce moment, c'est de voir des disques comme ceux d'Antony and the Johnsons, Camille, Devendra Banhart, Coco Rosie, des gens très différents, qui me touchent à des degrés différents, mais qui en tout cas, ont un truc certain, c'est qu'ils ont fait un disque qui leur ressemble à fond. Il n'y a pas de concessions par rapport à ça, alors ensuite on a tous nos manières, on a tous nos artifices, on n'est pas non plus à ouvrir grand la porte de chez soi, mais il y a un truc de vérité et de simplicité dans le son, dans la manière de chanter, dans la manière de produire le disque, et ça me fait un bien fou d'entendre tout ça. Parce que oui, effectivement, c'est la crise du disque, c'est difficile, on ne sait pas si demain, on va pouvoir encore bouffer de notre métier, mais malgré cette morosité là, il y a de plus en plus de créativité qui foisonne. Les artistes ne se disent plus « il faut que je fasse un disque qui rentre en playlist sur telle radio », il y a tellement de choses, il y a tellement de monde, il y a tellement peu de place, et c'est tellement la crise qu'il faut juste essayer d'être différent des autres. Moi en faisant mon disque, j'avais une seule volonté, c'était que ça me ressemble, et que ça ne ressemble pas à autre chose, c'est aussi pour ça que j'ai voulu le réaliser moi-même, ce qui était clairement une prise de risque. Ce n'est donc pas tant d'être en décalage que d'être personnelle et d'avoir son monde bien à soi, et pas celui d'un autre. Ce n'est pas facile, et je suis sûre que mon disque va faire penser à d'autres, on est pas non plus des novateurs, on ne crée pas une œuvre conceptuelle, on fait de la chanson, on fait des chansons pour que les gens les retiennent, et qu'ils aient envie de les chanter sous leur douche, on a envie de se faire plaisir et de faire plaisir aux autres.

Ados.fr : Tes textes sont souvent pleins d'humour mais ils abordent aussi des sujets plus graves, plus mélancoliques, plus complexes...
Emily Loizeau : L'enfance et la mort, ce sont les deux piliers du disque, comment on sort de l'enfance en découvrant que l'on va mourir et que personne ne va nous sauver de ça, en découvrant que l'on peut perdre les gens que l'on aime, et que personne n'y peut rien, et comment malgré tout s'en relever, et garder une part d'enfance qui nous permet de continuer de rêver, de continuer à être léger, et d'avoir cinq ans et demi d'âge mental pour ne pas sombrer dans des trucs trop déprimants. Effectivement, il y a ces choses plus sombres, et même parfois, parler de choses très sombres et très graves, avec une comptine, parler du suicide par exemple comme dans « Je ne sais pas choisir », sur un ton léger, je trouve ça presque plus violent finalement que de dire « J'ai envie de mourir demain ». Et en même temps c'est plus recevable, donc oui, il y a cette complexité là, mais c'est la vie en même temps, et je ne sais pas si c'est si compliqué que ça : il y a les douleurs, et il y a les moments où on veut rire aussi, pour moi en tout cas, ça a été ça, j'ai eu besoin de rire, pour supporter certaines choses.

Crédit photos : © Liza Roze, Fargo Records

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|   dernière mise à jour : 28 mars 2006

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