Malgré son parcours atypique, Elvis Costello a réussi là où beaucoup ont échoué. Découvert en pleine agitation new wave et considéré alors comme une sorte de punk à lunettes, il est parvenu à se tailler une place dans l'Olympe de la pop. La liste de ses collaborations n'en finit plus, et comporte des noms aussi illustres que
Paul McCartney,
Burt Bacharach ou
Roy Orbison. Et son talent de mélodiste est aussi prisé aujourd'hui que celui de ses modèles.
En 1977, Declan McManus a vingt-trois ans. Marié, père de famille, programmeur informatique dans une entreprise, il n'a qu'une idée en tête : devenir une rock-star. Inlassablement, il joue dans des petits clubs avec son groupe de country-rock, Flip City, et enregistre des démos de ses chansons. Cette année-là, l'une d'elles arrive entre les mains de Jake Riviera, l'un des principaux dirigeants du label Stiff, fer de lance de la new wave. Le directeur artistique lui laisse sa chance et il peut publier son premier album solo : « My Aim Is True ».
Rebaptisé Elvis Costello, quelques mois avant la mort du King, le chanteur se fait immédiatement remarquer par la critique. Ce boulimique musical, capable de passer d'une chanson d'amour pop comme « Allison » à un reggae cinglant comme « Watching The Detectives » est à la fois dans l'air du temps et parfaitement atypique. Il possède l'agressivité suffisante pour être associé au courant punk, une attitude de défi permanent qui ne lui attire pas que des amis. Mais il s'affirme d'emblée comme un auteur-compositeur décidé à n'en faire qu'à sa tête, ce qui tranche à l'époque où les groupes règnent.
Embarquant avec lui ses collaborateurs (dont le fameux producteur Nick Lowe), il quitte Stiff l'année suivante pour rejoindre un label débutant : Radar Records. Se mettant au goût du jour, il monte un backing-band impressionnant : the Attractions, et sort en 1978 « This Year's Model ». Sans rien perdre de sa versatilité, il s'y montre plus pêchu musicalement. Le public suit enfin et un titre comme « (I Don't Wanna Go To) Chelsea », chevauchée ska-rock haletante, renforce son image de jeune prodige de la new wave. Il confirme l'essai avec « Armed Forces » (1979), non sans balancer aux punks : « (What's So Funny Bout) Peace, Love And Understanding », hymne pro-hippie devenu un véritable classique. Costello commence aussi une carrière prometteuse de producteur, en collaborant la même année au premier 33 tours des
Specials.
Continuant sa route sinueuse, il quitte Radar pour le nouveau label de Riviera : F-Beat, et sort « Get Happy ! » (1980) toujours avec les Attractions. Doté de 20 chansons, l'album est dur à suivre. Le chanteur y fait des tours par la soul, le reggae, les années 60, et les mélodies s'enchaînent à toute blinde. Le dernier morceau du disque, une ballade héroïque (« Riot Act ») est triomphal et le succès, toujours au rendez-vous. Ce que l'album suivant, « Trust » (1981), ne dément pas, grâce à des titres comme « You'll Never Be A Man ».
Mais l'ennui guette visiblement Costello, qui ne peut se résoudre longtemps aux mêmes formules. Après un sympathique album de reprises country (« Almost Blue »), il sort l'ambitieux « Imperial Bedroom » en 1982. Suivant les traces des
Beatles, il multiplie les orchestrations compliquées et les chausse-trappes mélodiques, aidé en cela par l'arrangeur Geoff Emerick. Si la critique applaudit, et si le disque est aujourd'hui considéré comme un chef-d'uvre, le public de l'époque ne cautionne pas. « Punch The Clock » (1983) revient donc à des pistes plus classiques, malgré la présence savoureuse du reggae « Everyday I Write The Book » (dont le clip moquait la vie de couple du Prince Charles) et de la magnifique ballade « Shipbuilding », transfigurée dans son interprétation par
Robert Wyatt.
« Goodbye Cruel World », son premier album solo depuis « My Aim Is True », sort en 1984 et essuie un nouvel échec commercial. Sa musique se modifie et s'oriente vers une pop de plus en plus calme et cérébrale, ce que confirme « King Of America » (1986), introduisant des influences celtiques. Il continue de collaborer avec d'autres artistes, notamment les
Pogues pour qui il assure la production de « Rum, Sodomy & The Lash » en 1985. C'est au sein du groupe irlandais qu'il rencontre sa nouvelle femme, la bassiste punk Cait O'Riordan.
Malgré le succès relatif de « Blood & Chocolate » (1986) qui le voit revenir à des sonorités plus rock (par exemple sur le célèbre « I Want You »), son grand retour intervient avec « Spike », sorti chez Warner en 1989. Il s'y montre plus versatile que jamais, fait le bilan de ses influences diverses. « Veronica », une chanson pop écrite et chantée avec Paul McCartney, cartonne dans les charts mondiales. En plein période florale, il contribue la même année à « Flower In The Dirt » du même Beatles, puis fait paraître en 1991 « Mighty Like A Rose », digne successeur de « Spike ».
Les années 90 le voient donc atteindre son but. Reconnu comme un des plus grands, il peut désormais tout se permettre, aussi bien des albums pop dans le plus pur esprit des précédents, tels « Butal Youth » (1994), « Kojak Variety » (1995) ou « All This Useless Beauty » (1996), mais aussi des uvres plus ambitieuses, mal acceptées par son public habituel. A ce chapitre, on citera « The Juliet Letters » (1993), interprété par The Brodski Quartet, une tentative de se rapprocher de la musique dite « contemporaine ». L'une de ses plus prestigieuses collaborations intervient en 1999, lorsqu'il enregistre un disque entier avec Burt Bacharach : « The Sweetest Punch », emmenant même le célèbre compositeur en tournée mondiale.
Toujours très actif, il a publié « When I Was Cruel » en 2002 chez Island, puis « North » (2003, Deutsche Grammophon) et « Il Sogno » (2004, Deutsche Grammofon). Ces disques continuent de refléter son sens infaillible de la pop, son intérêt pour la musique classique et sa nouvelle passion pour le jazz
Il faut dire que, depuis 2003, sa femme n'est autre que la chanteuse de jazz
Diana Krall et qu'il lui a bien sûr composé nombre de nouvelles chansons.
Pour moi, c'est une véritable découverte que ce spectacle sur la chaine Concert, merci de m'informer de ses prochains spectacles sur l'une des chaines