Baroudeur solitaire et inclassable, Dick Annegarn fait partie de ces personnalités qui font l’unanimité sans jamais s’être intégrées à la moindre scène, à la moindre coterie. Souvent drôle et sombre à la fois, son univers unique s’apparente à une rencontre entre des traditions poétiques qui ne s'attendaient guère à être présentées. Né aux Pays Bas, il passe la majeure partie de son enfance à Bruxelles, où il tombe amoureux de la langue française. Dès ses premières chansons, il préfère l’employer, au détriment de sa langue maternelle et de l’Anglais, dans lequel s’expriment pourtant ses musiciens favoris. Le jeune Dick Annegarn est en effet un « fou du folk », convaincu, qui a appris la guitare tout seul, en écoutant Woody Guthrie ou Big Bill Bronzy. Abandonnant ses études d’agronomie, il émigre vers la France aux débuts des années 70, et s’adresse logiquement aux milieux musicaux les plus américanophiles. Après une expérience en communauté hippie, on le retrouve donc aux hootenanies de l’American Center, à Paris. Il parvient rapidement à se faire connaître, passe à la télé dans l’émission de Mireille, mais déjà écœuré par le snobisme et la superficialité des milieux culturels parisiens, il manque de tout abandonner. C’est à ce moment que le directeur artistique Jacques Bedos le rencontre et l’encourage à enregistrer son premier album, « Sacré Géranium », qui sort en 1973. Annegarn s’y révèle un virtuose de la guitare et du verbe, variant les registres à l’envi. La ballade écolo-folk « Sacré Géranium » côtoie l’introspection orientale de « La Transformation » ou la comptine dadaïste « Ubu », en hommage à Alfred Jarry. Quant à « Bruxelles », ballade recueillie pour piano et violons, elle est peut-être la chanson que Jacques Brel n’a jamais su écrire pour célébrer la paradoxale beauté de cette capitale du Nord. Toutes ces chansons (et « Bébé Eléphant »… et « Volets Fermés »… et « L’Institutrice »…) comptent parmi les plus universelles qu’il écrira au cours de sa carrière. Sa renommée s’accroît, lui permettant de se produire à l’Olympia. Un succès qui ne sera pas démenti par l’album suivant, « Je te vois » (1974). Mais, avec l’album « Mireille », en 1975, la déception revient frapper l’artiste. Trompés par la chanson-titre du disque, dans l’esprit musical de « Sacré Géranium », la critique boude ses tentatives plus aventureuses, notamment le cauchemar médiéval halluciné de « Hé Hé Hé » et « Paladin Braconnier ». Sans perdre sa ténacité, le chanteur sort en 1976 un disque encore plus expérimental, « Anticyclone », avant de faire publiquement ses adieux à l’industrie du disque, au cours de la tournée « De Ce Spectacle Ici Sur terre », en 1978. Il s’affirme en effet dégoûté par le « conformisme » et « l’hypocrisie » du showbiz français. Au cours des années 80, il met donc un peu la musique un peu au second plan, privilégiant l’action associative de quartier dans la ville de Noisy-le-Grand où il a établi sa péniche, le journalisme alternatif et ses voyages dans le monde entier. Quelques albums exigeants, « Citoyen » (1981), « 140 BXL » (1984) ou « Frères ? », en 1986, avec l’accordéoniste jazz Richard Galliano, viennent cependant montrer que l’histoire n’est pas finie pour Dick. Il en fait brusquement la preuve avec deux albums, « Ullegarra » et « Chansons Fleuves », tous deux sortis en 1990, qui le propulsent à nouveau en pleine actualité. Trempés dans le blues jusqu’à la moelle, ils montrent que le chanteur n’a rien perdu de sa verve, même si son discours s’est obscurci avec le temps. Une nouvelle éclipse (durant laquelle il s’essaie au théâtre avec la pièce « 2112 »), fera attendre assez longuement leurs deux successeurs : « Approche-toi » (1997) et « Adieu Verdure » (1999). Très appréciés par les fans de Dick Annegarn, ses albums des années 90 récompensent les efforts de ceux qui s’y accrochent. Ils montrent un auteur en pleine maturité, ne cédant décidément à aucun compromis esthétique. Ses deux derniers albums en dates, « Un’Ombre » (2002) et « Plouc » (2005) ont été en 2006 suivis d’un disque hommage, « Le grand dîner », dans lequel on retrouve M et Mathieu Boogaerts (qui l’avaient tous deux accompagné sur scène) mais aussi Alain Bashung, JP Nataf, Arno ou Calogéro. Une preuve, s’il en fallait, que sa postérité artistique est large !
Bonjour Monsieur,
Je vous félicite pour toutes vos chansons, je les adore. J'ai assisté à votre conférence à Ombres Blanches à Toulouse. Je vous ai écouté chanter Brel que j'adore. J'ai décidé de travailler sur le e caduc et le r dans la chanson de Brel. Etant étrangère, je trouve une difficulté dans ce domaine et j'ai besoin d'une aide, j'ai beaucoup essayé de vous contacter mais c'était très difficile. J'ai vraiment envi de vous rencontrer ou bien au moins rester en contact avec vous, et je vous serai reconnaissante. Bonne continuation et j'espère à bientôt.
Merci d'avance