Emblématique de la scène rock belge, le groupe dEUS (attention aux majuscules !) concilie habilement l'audace, l'énergie et le sens mélodique. Ils défient les comparaisons, et chacun de leurs nouveaux albums est fébrilement attendu par la critique. Sur scène, le groupe paraît tellement possédé par l'énergie du rock'n roll qu'il convainc les plus sceptiques.
Lorsque paraît « Worst Case Scenario », leur premier album, en 1994, les musiciens de dEUS jouaient depuis longtemps ensemble, au sein de divers groupes d'Anvers. Toutefois, c'est la première fois que cette véritable dream team est réunie au sein de la même formation. En effet, l'association du guitariste Rudy Trouvé, du violoniste Klaas Janzoons, du batteur multi-instrumentiste Julle de Borgher, du bassiste Stef Kamil Carlens et du chanteur Tom Barman fait des étincelles. Et, même si certains le trouvent un peu trop « intellectualiste », le disque fait sensation.
Il faut dire que « Suds And Soda », sa détonante ouverture, résume à elle seule ce que les années 90 ont fait de meilleur. Jump rock épuisant à danser, structuré par des guitares chaotiques et deux notes obsédantes de violon, il évoque les meilleurs moments de
Placebo ou des Smashing Pumpkins. Sur les autres plages, on trouve un peu de tout, de l'expérimental « Morticiachair », aux blues dépouillés à la
Tom Waits (« Worst Case Scenario », « Dive Bomb Jingle ») en passant par des ballades d'une cruelle beauté : « Secret Hell » et surtout « Hotellounge ». Le monde entier est désormais au courant : il se passe quelque chose d'unique, en Belgique, ce que ne dément pas l'étrange EP « My Sister = My Clock », que le groupe sort l'année suivante.
Avec« In A Bar Under The Sea », en 1997, dEUS franchit encore de nouvelles barrières, signant un des disques les plus superbement sous-estimés de la décennie. Rejoints par le guitariste Craig Ward, les musiciens s'y montrent tour à tour funky (« Fell Off The Floor, Man », pop (« Little Arithmetics », « Disappointed In The Sun »), jazzy (« Nine Threads »), punk (« Memory Of A Festival »), blues (« Theme from Turnpike »), progressifs (« Gimme The Heat »)... le tout culminant avec un déferlement sidérant de guitares sur l'épique « Roses ». Partout, leur patte subversive et décapante règne, donnant à ce capharnaüm une unité inespérée.
Malgré tout, l'ambiance est tendue. Au cours de l'enregistrement, Carlens part rejoindre son ancien groupe,
Zita Swoon et peu après, Rudy Trouvé part à son tour et fonde
Dead Man Ray. Entre temps, Danny Mommens s'empare de la basse, et c'est avec cette nouvelle formation que dEUS sort « The Ideal Crash » en 1999. Cet album, leur plus célèbre, contient un véritable classique : « Instant Street », qui se termine par une de leurs fameuses codas chaotiques. Mais dans l'ensemble, le ton a changé et ce sont les ballades qui dominent (si l'on excepte le tumultueux « Put The Freaks Up Front » et les tentations jungle d'«Everybody's Weird »). L'accueil élogieux de la critique n'empêche pas ce qui ressemble fort à une séparation. Tom Barman se lance dans la réalisation, avec le film « Any Way The Wind Blows », et chacun semble plus préoccupé par ses projets personnels que par le destin de l'orchestre. On voit même sortir un Best Of (« No More Loud Music »), en 2002, ce qui est rarement un signe de bonne santé.
C'est pourquoi la sortie de « Pocket Revolution », en 2005, est une excellente surprise. A l'exception de Tom Barman et Klaas Janzoons, ce sont encore des personnes différentes qui jouent, Craig Ward et Danny Mommens (actuel membre de Vive La Fête) ayant quitté le groupe pendant l'enregistrement, selon une tradition bien établie. Mais indiscutablement, la signature est la même. Petit frère, en tous points, de « The Ideal Crash », ce dernier album laisse présager de bien bons moments pour l'avenir.