Dans la famille «
Trojan » je veux le père : Desmond Dekker. Non pas qu'il soit le créateur du mythique label (la paternité revient à l'ancien policier Arthur "Duke" Reid) ni qu'il ait produit tant que ça d'albums sur ce label (en comparaison de Lee Perry ou des Pioneers par exemple) mais parce que ses deux titres « Israelites » (1969) et « Shanty Town » (1967) sont des indélébiles, des classiques, des incontournables de Trojan et que tu es pratiquement sûr de tomber sur une de ses chansons via les compil à casque d'hoplite. D'ailleurs, c'est en pleine époque skinhead que Desmond Dekker se fait réellement connaître. Pas les skin facho mais les premiers, ceux qui s'opposaient à la garde montée de sa Majesté et qui écoutaient les tubes jamaïcains (quand ce n'était pas les
Specials ou les Selecters).
Après être passé par une audition éprouvante chez Coxsone et Trojan, Dekker enregistre au début des années 60 des singles bien proprets et polis aux titres évocateurs « honour your father and mother », « sinners come home » ou encore « labour for learning » qui font de lui le gendre idéal. En 67, donc, il sort son « 007 » a.k.a « Shanty Town » en hommage à un James Bond des îles glamour et dragueur (CQFD) et la scène skin anglaise en fait tout de suite son porte-étendard avant de se consolider dans son hooliganisme et/ou son dandysme emportant dans son mouvement Skatalites et autres Toots (va savoir pourquoi). Un an après, c'est au tour de « Israelites » d'en rajouter une couche chez les rude boy, magnifique titre qui sera repris en guise d'introduction chez le non moins magnifique film de
Gus Van Sant de 1989 « Drugstore Cowboy » (l'un de ses meilleurs avec « My Own Private Idaho »).
En 1970, surfant sur l'incroyable engouement des jeunes blancs prolo anglais pour sa musique, Desmond sort son premier disque « You Can Get It If You Really Want » dont la chanson éponyme sera portée aux nues dans le film rasta They Harder They Come (chantée il est vrai par
Jimmy Cliff). Après ça, Desmond continue son bonhomme de chemin avec la même énergie et le même calme qu'un
Toots. La vague skin passée, il sort en 1980 l'album « Black & Dekker », jeu de mots qui cache mal une resucée de vieux titres et un manque de production flagrante.
Il nous a quittés le 25 mai 2006.