Il n'y a pas que les Etats-Unis qui soient capables de nous pondre de l'anti-folk déconstructiviste (Jeffrey Lewis, Adam Green, Catpower, etc). Pour preuve ce duo de surs canadiennes complètement siphonnées qui se font appeler Cocorosie et qui, après un bon album sorti en 2004 « La Maison de mon Rêve » nous reviennent en plus « electro » avec « Noah's Ark ». Après Feist et Buck 65, le Canada continue donc d'exporter ses plus beaux représentants de la scène musicale et poétique, car Bianca et Sierra Casady ces deux surs unis dans la déconnade et la fragilité (ça va de paire, non ?) sont avant tout des poétesses qui font feu de tout bois, où plutôt mots de tout objet (sonore). Cela ressemble un peu à du Pascal Comelade passé à la moulinette Grateful Dead et c'est assez joli. Certains on évoqué Amélie Poulain pour le délire, ce qui n'est pas faux mais alors une Amélie Poulain en plein Mai 68 dirait-on. On pense aussi à Jasmine Band mais en plus doux et avec 389 bpm en moins. Né à Hawaï comme sa surette, Bianca se rappelle :
« j'ai été élevé dans la tradition des indiens Anasazi par ma mère et son compagnon qui s'appelait Aigle du Ruisseau Guérisseur. J'ai vécu mon adolescence dans la banlieue de Joseph City en Arizona avec mon père. Avec lui, nous passions notre temps à brûler les fourmis et à chasser des lapins autour d'une épave de train. A l'âge de 15 ans, j'ai tout plaqué parce que je commençais à me sentir aliénée, réticente que j'étais à l'idée de recevoir une éducation scolaire classique. Dès que j'ai été capable de garder à l'esprit ce qui me motivait profondément, j'ai vendu des vieux bouquets dans des restaurants et des tickets périmés à des vieux et j'ai pris un bus direction San Francisco. J'avais emporté avec moi Au Cur des Ténèbres de Conrad et plein de textes de Genet que j'ai lu à lueur d'une bougie ».
Visiblement nostalgique de l'époque beatnik, Bianca a embarqué sa sur dans l'aventure de la musique et celle-ci ne s'est pas faite prier. D'après ce qu'elles disent, les Casady rêvent de faire de la zik avec RZA (véridique), de monter un opéra et de se trouver une petite maison bien cosy au Mexique. Inutile de te dire qu'elles ont fait bonne impression lors de leur passage aux Eurockéennes de Belfort en 2005 et qu'elles risquent de jeter de la poudre d'étoiles au public du Printemps de Bourges 2006 qui les attend de pied ferme.