Ce qu'il y a de perturbant avec Cerrone, Jean-Marc de son prénom, c'est cette habitude qu'il a toujours eu de mettre des femmes nues, pour de vrai, sur ses pochettes d'albums.
Femme nue allongée sur un frigo, femme nu à côté de son visage moustachu, femmes nues s'ébattant entre elles dans des vidéos clips prodigieusement sexy, hommes habillés en docteur avec des masques d'animaux
ah, non, là, il y a quelque chose qui cloche, cherchez l'intrus
Pour en revenir à Cerrone lui-même, il faut replacer son esthétique dans son contexte, c'est à dire en plein milieu des années 70. Cerrone était alors un précurseur, parti très jeune gagner sa croûte dans les nouveaux lieux de villégiature à la mode, les camps de vacances Trigano. Il n'a pas 20 ans, fait de la batterie en professionnel et fourmille d'idées comme celle qui lui vaut de se voir bombarder directeur artistique de plusieurs camps de vacances : engager des groupes de rock pour faire des animations.
L'audace semble faible, mais là aussi, il faut replacer dans son contexte
Batteur de son état, Cerrone met la rythmique en avant, un mix qui déplait au départ mais ne tarde pas à faire ses preuves sur le dance floor. Les années 70 vont faire exploser un nouveau courant musical, à grands coups de synthétiseurs et de basses, le disco, et Cerrone devient son pape
Aujourd'hui, après quelques expériences en collaboration avec les nouveaux maîtres de la French Touch et de l'Elecro Pop comme
Bob Sinclar, Cerrone, beaucoup moins moustachu et largement plus grisonnant, revient en force avec la musique qu'il a composée pour l'adaptation théâtrale d'Orange Mécanique, d'Anthony Burgess, au Cirque d'Hiver à partir de février 2006. L'esprit de la pièce risque d'être un peu différent de celui de
Stanley Kubrick au cinéma mais bon, Cerrone n'est ni Purcell, ni Elgar, ni Rossini (pour ceux qui connaissent la B.O du film)