Originaire de Détroit comme son confrère
Jeff Mills, Carl Craig réalise son premier single au début des années 90 sur le label Fragile de Derrick May (qui lui demandera notamment de réenregistrer le morceau « neurotic behaviour »). Après avoir endossé de nombreux pseudos (69, Paperclip People, etc), il culmine dans sa pièce maîtresse, l'album « More Songs About Food and Revolutionary Art » (élu « album techno de l'année » 1997). Il y délivre une espèce de techno électronique qui tient plus du voyage de l'esprit que des vibrations des dancefloors, plus des mélopées du jazz que des bpm cardiaques.
Craig est plus explicite : « J'ai toujours pensé que la vraie techno était proche du jazz, notamment par le respect de l'artiste à sa musique, en dehors des modes et des règles préétablies, avec un même sens de la liberté, et puis l'improvisation évidemment. Il y a des valeurs communes entre jazz et techno. Bien plus que le rock, ce sont des musiques que les gens ont tendance à mettre dans des cases... Il y a des tas de gens qui enferment la techno dans un genre, un son particulier, et font tout pour qu'elle y reste. De la même façon, le jazz a toujours eu ses puristes. Les gens pensaient que le jazz devait sonner d'une certaine manière, et pas autrement. Or le jazz ou la techno deviennent ennuyeux et perdent tout leur sens s'ils restent enfermés dans une structure, calés entre des frontières. »
C'est avec cette philosophie que ce pionnier de l'électronique évaporée aborde la techno, médium adéquat pour appréhender notre futur.