Imprégné de science-fonction et d'ésotérisme, le hard-rock de Blue Öyster Cult se laisse difficilement situer. Le groupe a réussi à devenir une référence pour les bikers comme pour les étudiants, tout en remportant un succès international grâce à une chanson pop reprise dans plusieurs films d'horreur : « (Don't Fear) The Ripper », dont la Rickenbaker empruntée aux
Byrds annonce paradoxalement le mouvement gothique. Cette référence fondamentale de
Metallica séduit encore aujourd'hui les fans de metal.
C'est en 1967 que les futurs critiques rock Sandy Pearlman et Richard Meltzer commencent à jouer ensemble. Avec Andrew Winter, Buck Dharma, Albert Bouchard et John Wiesenthal (que remplacera Allen Lanier), ils fondent plusieurs entités musicales successives : Soft White Underbelly, Oaxaca, The Stalk Forrest Group, avant de trouver cette idée géniale de culte de l'huître bleue. On croirait la formule sortie d'une nouvelle de HP Lovecraft, mais en fait, elle est bêtement inspirée de mollusques de l'état de New York : les Blue Point Oysters !
Il faut attendre 1972 pour que paraisse leur premier album éponyme. Si le groupe a déjà trouvé son imagerie de cuir noir et de symbolique païenne, il peine encore à se distinguer des vieux disques de Steppenwolf et des autres formations de heavy blues qui avaient agité la fin des sixties. Sur scène, leur usage du laser prolonge les light-shows psychédéliques de
Jefferson Airplane,
Grateful Dead ou
Pink Floyd.
Avec « Tyranny And Mutation » (1973), puis « Secret Treaties » (1974), les musiciens augmentent leur popularité et développent un style plus mélodieux. Sur ce dernier, l'écrivain de SF Michael Moorcock (auteur des sagas « Elric », « Hawkmoon » ou « Corum ») et la chanteuse
Patti Smith entament une collaboration fructueuse avec le groupe. Comme Genesis, le groupe utilise un imaginaire fantasmagorique pour reprendre des grands thèmes de critique sociale : l'écologie, le refus de la société de consommation, la dénonciation de la répression policière
Après le passage obligé de l'album live (« On Your Feet On Your Knees, 1975 »), c'est l'album « Agents Of Fortune » qui sonne la consécration du groupe en 1976. Avec son équipe renouvelée, Blue Öyster Cult se consacre alors à une pop bizarre, aux mélodies envolées, mais ponctuellement subverties par des guitares metal. « Morning Final », « The Revenge Of Vera Gemini » (avec Patti Smith) et surtout « The Reaper » comptent ainsi parmi leurs meilleurs morceaux.
Si « Spectres » (1977) parvient à maintenir cette inspiration, à partir de « Mirrors » (1979), le groupe commence inéluctablement à s'orienter vers le hard FM conformiste. Après un « Cultausorus Erectus » (1980) apprécié pour sa violence par les métaleux, et un « Fire Of Unknown Origin » (1981) marquant la dernière apparition de Moorcock, ils entament une traversée du désert propre à tous les groupes de leur génération, délestés progressivement tous leurs membres originels. Le fond du gouffre sera atteint avec « Club Ninja » (1986), l'un des plus albums les plus ratés de la décennie
Adulé par une nouvelle génération metal, de Metallica à
Megadeth, le groupe parviendra cependant à reprendre ses esprits et à resserrer les rangs pour le concept-album « Imaginos », paru en 1988, racontant le parcours d'un mystérieux agent du Mal intervenant aux pires moments de l'histoire. On retrouve Pearlman, Lanier, Bouchard et Dharma, qui avaient tous abandonné l'aventure à un moment ou à un autre. Depuis le groupe produit peu de disques mais continue de tourner, jouant et rejouant pour de nouvelles générations de fans ses grands classiques : « Godzilla », « Career Of Evil » ou « N'aie pas peur de l'Eventreur »