Les grands groupes c’est un peu comme avec les grands films : en général les suites sont mauvaises et la première mouture, voire la « première prise » est la bonne. Le troisième volet de Matrix n’a rien de la « claque » du premier, idem pour Les Griffes de la Nuit, Les Dents de la Mer, Rambo, Rocky, etc. Idem pour les groupes. Les premiers albums de Deep Purple, de Pink Floyd, de Burning Spear, de Toots, des Yardbirds, des Daft Punk, etc, n’ont rien à envier à leurs suites souvent insipides et redondantes. Ainsi, pour Black Sabbath, la formation d’origine composée d’Ozzy Osbourne (dont on a pu voir dernièrement la famille au grand complet dans la série du même nom sur MTV), de Tony Lommi (guitare), Geezer Butler (basse) et Bill Ward (batterie) à tout de la « première prise». Echafaudant des théories musicales à coup de riff de guitares et de voix caverneuses, cette formation s’est mis en ébullition de 1969 à 1977 pour nous jeter en pleine face les bases du heavy metal. Au début, comme pour Deep Purple et Led Zep, le groupe se dirigeait mollement vers du blues metal progressif. C’était sans compter la présence de Geezer Butler, fan d’héroic fantasy et de magie noire dont l’occultisme est tellement puissant qu’il répandra ses lettres de sang sur la formation en lui attribuant son nom Black Sabbath. Ce « sabbat noir » provient d’un nanar de Mario Bava avec Boris Karloff, Les Trois Visages de la Peur (quand on vous dit que les groupes c’est comme les films…) sorti en 1963. Leur premier album éponyme sort donc le vendredi 13 février 1970 (évidemment). La couverture est anxiogène au possible, comme un mauvais trip éventé, une « re-descente » angoissée et traumatisante. On y trouve néanmoins, à côté du titre « Black Sabbath », une reprise du « Warning » d’Aynsley Dunbar (batteur de Zappa entre autre) . La ville de Birmingham, d’où ils sont originaires, tremble déjà et les petites vieilles ferment leur volet, sentant l’Apocalypse arriver sur les ailes de la Mort. A la sortie de Paranoid en 1970, leur deuxième excellent album qui reste dans la même veine et que les USA attendent un an avant de le voir dans les bacs, c’est toute l'Angleterre qui commence à se sentir mal. Il faut dire que la pochette est toujours aussi angoissante et que les titres déchirent lentement les tympans (l’un des avantages du speed metal au contraire réside peut-être dans le fait que ce déchirement passe inaperçu !). A la base l’album devait s’appeler « War Pigs » mais guerre du Vietnam oblige, ils ont été obligés de revoir leur magie noire. A l’intérieur, que du bon : « Iron Man », « Electric Funeral » (dont Pantera fera une reprise), « Hand of Doom » (qui fait allusion à l’héroïne et à ses méfaits) et encore « Paranoid ». Master of Reality, l’album suivant, est un chouilla moins “evil” mais plus “hard” avec notamment la chanson « Sweet Leaf » (douce feuille) qui en dit long sur ce que fumait Ozzy (excellent morceau, au demeurant). Toujours avec la même formation et vu qu’on ne change pas une équipe qui gagne, Black Sabbath sort un 4e album en 72, toujours chez Warner et avec toujours la même quantité faramineuses de substances illégales qui causent beaucoup de dommage aux neurones et aux synapses. De cet album, System of a Down fera une reprise de « Snowblind ». En 1973, le groupe est sur les rotules et se barre en vrille : Ozzy plane , Geezer parle tout seul, Bill Ward se prend pour Dracula et Lommi est sûr d’être l’incarnation d’un bioman ! Pourtant la vrille à du bon vu qu’ils sortent (on ne comprendra jamais comment) un super album : Sabbath Bloody Sabbath, chez Castle Records. La pochette magnifique est dessinée par Drew Struzan (celui qui fera pratiquement toutes les affiches de Star Wars). « Black Sabbath signait là son disque le plus mélodique, le plus rusé. En s’offrant les services du claviériste Rick Wakeman, le groupe allait déboucher sur son plus bel effort, un album colossal, ridiculisant la concurrence de l’époque. Clairement réveillé par la gifle du renouveau américain (Stooges, Blue Öyster Cult, New York Dolls) le Sabbat Noir ouvre son opus sur une apocalypse néogothique funestement tourmentée ». (P.Manœuvre)
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