Rendons grâce au label Makasound d'avoir extirpé de l'oubli ce très bon groupe de reggae, injustement éclipsé par les grosses pointures comme Steel Pulse, Aswad ou Burning Spear. Formé en Angleterre à la fin des années 70 par 8 musiciens d'origines jamaïcaines, il sort son premier album éponyme en 1983 sur son propre label, Nubian Records en co-production avec Mad Professor (le « monsieur dub digital » par excellence). Sur sa lancée, il fait les premières parties d'une tournée européenne de UB40 ainsi que celles de LKJ et Eek-a-Mouse (tu sais, celui qui toast le cultissime « ah wah do dem ah wah do dem dem dem »).
« Nous étions en train de jouer aux dominos, expliquent Jabulani Ngozi le guitariste. On se connaissait tous déjà depuis les années 60 et on a décidé de transformer notre amitié en groupe. Le nom Black Roots est venu comme ça, comme une évidence. C'était une époque où il y avait une grande stagnation au niveau culturel dans la communauté noire. On en est venu à la conclusion que nous devions faire connaître au monde nos racines et notre culture, surtout vis-à-vis des jeunes».
Cohérent avec lui-même, Jabulani Ngozi avoue volontiers que son vrai nom est Errol Thompson mais que ça sonnait trop « esclave » pour son spirit uni à la mère Afrique. Le seul petit problème pour nos 8 musiciens a été justement de concilier cet esprit « mystical roots » et « I and I » avec les demandes commerciales et le marché du disque au Royaume-Uni. Parce que Black Roots a toujours été très indépendant, pour preuve, ce premier concert donné à Bristol où ils avaient annoncé au public (1200 personnes) qu'il pouvait mettre ce qu'il voulait pour la « participation ». En même temps, à l'écoute de leur musique, on sent que ce problème a été résolu une bonne fois pour toute et on comprend toujours pas pourquoi ils ne sont pas plus connus. On dirait exactement du Black Uhuru qu'on aurait mélangé avec du Gladiators et du Third World et dans lequel on aurait rajouté discrètement des pincées de Congos.
Ital is vital !