Il suffit de prendre un album de Beres Hammond au hasard pour comprendre. Tiens, prend par exemple la face B de son disque A Love Affair (1993) et regarde quelques titres : « Feeling Lonely », « Sweet Sensation », « Falling in Love All Over Again ». Ou encore regarde le titre de son album de 96 : Love From a Distance. Et non, visiblement il n'y a pas que Gregory Isaacs qui fasse du « lover style ». Beres Hammond (qu'on ne confondra pas avec l'orgue psychédélique du même nom) n'aime qu'une seule chose : chanter l'amour et les peines de cur. Sa voix rocailleuse et rayée (comme quelqu'un qui aurait bu un subtile mélange de sable et de whisky) est d'une incroyable sensualité et se mélange avec un style « dance-floor » qui n'aurait déplu ni à Tiger ni à Burning Spear. Beres a cependant quelque chose d'original, c'est que là où la plupart font leur style et gagnent la reconnaissance dans les années 70 ou 80, lui, s'impose tardivement dans les années 90. Petit rappel.
Né en 1955 en Jamaïque à Saint Mary, Hugh Beresford Hammond découvre la musique via la discothèque du pater qui est un fin connaisseur de Rythm'n'Blues. Comme beaucoup, il écoute du ska et du rocksteady à la radio et notamment Alton Ellis (Studio One). Il chante par-ci par-là et essaye de se faire connaître dans les années 70. En 1976, il sort son premier album Soul Reggae (qui en dit long sur l'importance qu'il accorde au rythm'n'blues) avec l'aide du guitariste et producteur Willie Lindo (qui jouera aussi avec Dennis Brown). Mais c'est surtout son gros tube « One Step Ahead » qui lui fera enfin une place sur le banc des reggae men. Il commence alors une belle collaboration avec Joe Gibbs (qui a fait plein de bons dubs) puis revient au côté de Willie. Après, il rebondi de label en label, de studios en studios et fait preuve d'une très grande production dans les années 90. Si Big Youth, Dennis Brown et Gregory Isaacs avaient été mousquetaires, Beres aurait été d'Artagnan. A écouter en prenant son petit-déjeuner