Encore un grand incontournable du « roots rock reggae », un de ceux qui a marqué durablement le reggae et son histoire, non pas tant par l'indéniable qualité de sa production que par sa magnifique sensibilité musicale. En fait, il y a quelque chose de bien particulier chez Augustus Pablo et on met un certain à trouver quoi justement. Après tout, c'est un rasta parmi tant d'autres, un dread man caché chez les dread men, un nyabinghi descendant de temps à autre de sa montagne les jours de marché, un musi
non ! Ce qu'il y a chez lui qu'on ne retrouve pas ailleurs c'est une mélancolie, cet air d'être toujours absent, comme en attente d'on ne sait quelle fatalité. Ca se voit dans ses yeux, ça s'entend aussi à travers son mélodica, pas vraiment un piano ni vraiment une harmonica, pas vraiment du classique pas vraiment du blues, une hésitation entre un reggae visionnaire et messianique (cf Marley ou Spear) et un reggae triste (Gladiators).
En fait, Horace Swaby (de son vrai nom) aura été un grand mélancolique, à toujours vivre dans ses studios d'enregistrement (il ne fera que très peu de tournée), isolé, travaillant ses morceaux comme un génie timide et misanthrope avec la même bande de musicos, en l'occurrence les indémodables Barrett (Aston et Carlton). De studio d'enregistrement en studio d'enregistrement (Randy, Tuff Gong, King Tubby), on le voit jouer avec Jacob Miller, Dillinger, The Heptones ou encore Horace Andy. Il monte trois labels (Hot Stuff, Message et Rockers) et continue d'égrainer les platines de son dub bluesy et triste, comme un Pierrot Lunaire qui ne demande pourtant pas la lune. Il commence au début des années 70 quand un certain Marley lui demande de venir jouer du clavier pendant un enregistrement des Wailers sous la houlette de Lee Perry. Après quelques singles, il se fait connaître avec "This is Augustus Pablo" en 74, album mystique et mythique (dans lequel tu trouveras le titre fondateur « Java » de 72 et dont Aswad fera une reprise).
En fait, la plupart de ses bons enregistrements datent des années 70 mais ne sortiront dans les bacs que dans les années 80-90 : sortie en 2001 pour Original Rockers (1972-75), sortie en 2002 pour son East of the River Nile (1977), sortie en 97 pour l'album de Lee Perry Arkology dont Augustus assure les claviers et qui fut enregistré en 1975, sortie en 1992 pour son Ital Dub de 1974 (chez Trojan), etc. On a même l'impression que sa tardive renommée n'a fait qu'en rajouter à sa mélancolie première.
Mort en 99 à l'âge de 45 ans comme une étoile qui s'éteint, le far west du reggae ne sera plus le même