La fin des années 90 avait peut-être décidé de concurrencer le grand tas de musiques inaudibles des années 80. En fait, elle avait plutôt décidé de se faire du fric. L'un et l'autre, plutôt paradoxalement, vont parfois ensemble. Affichant les torses musclés, huilés, épilés, chorégraphiés, les producteurs de boys band se font un max de thunes. Ce n'est pas un plaisir pour les oreilles, mais on se les casse gentiment pour délirer. Les groupies en chaleur et les bouffées délirantes ne durent heureusement qu'un temps, mais attention, la vague inécoutable pourrait refaire surface. Frank, de l'inoubliable 2Be3, est réapparu dans « 1ère Compagnie ». « Le temps qui court », d'Alliage, a séduit « Le village des Enfoirés » (pour l'orchestration, c'est mieux, mais les paroles sont toujours du même niveau). Filip de 2Be3, en 2006, se fait enfermer dans la forêt brésilienne et dans la télé-réalité. « Je suis une célébrité. Sortez-moi de là ». Célébrité ? C'est discutable. Sors-le de là ? A tes risques et périls. Mais avant de propager le danger en libérant le tueur du bon goût, tu dois connaître ses crimes !
Le boys band, l'air de rien, c'est très recherché. 2Be3, par exemple, a une signification totalement insoupçonnable. Il ne se traduit pas seulement par « to be three : être trois ». Il ne renvoie pas seulement au trio formé par Filip, Frank et Adel. Non, « 2Be3 », c'est un cri en faveur de la liberté : c'est « to be free : (pour) être libre ». S'il s'était appelé « to be three », le boys band aurait pu chanter « le feu ça brûle et l'eau ça mouille ». Mais même sans arbre emblématique, les textes du trio sont très philosophiques.
Le trio prend racine à Longjumeau, dans les années 80 (ceci explique peut-être cela
). Au départ, il est bien parti pour être un duo : Adel Kachermi et Frank Delhaye, encore gamins, se lient d'amitié. A l'école ou dehors, ils sont très soudés. Dans les escaliers, leur avenir va se lier à celui de Filip Nikolic. Le collégien, à la réputation de bagarreur, décide de « croche-patter » Adel. Malgré la recherche de noises, ils deviennent copains. A l'adolescence, le cogneur et ses deux potos rejoignent une association qui, pour combattre la délinquance, encourage les activités artistiques. Le trio, à l'époque quintette, écoute les conseils : pour se libérer de la délinquance et des pulsions de castagne, il forme « To Be Free ».
En 1996, les deux beaux gosses du groupe, Adel et Filip, se font remarquer lors d'un concours de mannequins organisé par Gérard Louvin (il sévit déjà à cette époque pas si lointaine qui paraît vieille de 20 ans). EMI cherche à former un groupe dans le genre de Worlds Apart. La plastique en tablette de chocolat conviendrait parfaitement au boys band envisagé. Les deux camarades sont orientés vers le casting. Parvenus à convaincre le label, To Be Free (avec Frank) est signé et il devient 2Be3 pour l'occasion.
L'invasion des ondes commence : octobre 1996, « Partir un jour » prend possession des radios. Ensuite, c'est au tour des hit-parades, des chaînes Hi-Fi, des émissions de télé, etc. La folie qui gagne la société semble sans retour : au bout de quelques jours, le titre aux airs parodiques est disque d'or ; 2Be3, en 1997, est élu (il faut bien continuer la bonne blague) « Meilleur Groupe de l'Année » - d'un point de vue strictement commercial, le boys band mérite tout de même ce titre. « Partir un jour », leur premier album paru en 1997, est un véritable succès. Devenu un phénomène de société, 2Be3 a même droit à sa série AB Productions. Le boys band, teinté d' « Hélène et les garçons », n'a pas pris le melon : sa série se nomme sobrement « Pour être libre ». En 1998, le trio décliné sous toutes les formes vendables et imaginables sort son deuxième album : « 2Be3 ». C'est un nouveau succès, mais l'aventure est bientôt finie. Ironiquement , elle prend fin aux Etats-Unis, pays de la Statue de la Liberté. « 2Be3 » avait un « american dream » : conquérir les Etats-Unis avec Made in America. Mais là-bas comme ailleurs, c'est un bide : 2Be3 a enfin le titre qui lui convient.
Alors, « célébrité » ? Oui, car « 2Be3 » a marqué toute une époque. Oui, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il est rentré au Musée Grévin. Oui, parce que Filip a tourné dans « Navarro ». Mais dois-tu libérer l'esprit du boys band ?
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